La culture du hook up (rencontres sexuelles occasionnelles) est en train de perdre, à juste titre, son caractère tabou : les vidéos TikTok de gens qui partagent leurs expériences en la matière deviennent régulièrement virales, et nos conversations de mode group chat contiennent les moindres détails croustillants sur ce qui s’est passé la nuit dernière. Il est de plus en plus facile, culturellement, de discuter sans honte de rencontres sexuelles occasionnelles. Mais, on traîne encore de la patte lorsqu’il est question d’aborder les aspects moins sexy de ces rencontres sexuelles : les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) et les moyens de prévention.
Par exemple, une étude réalisée en 2021 par un·e chercheur·se de l’université d'État Kennesaw State University a révélé que la honte et la stigmatisation entourant les ITSS empêchent encore les jeunes adultes âgé·e·s de 18 à 25 ans de discuter ouvertement du sujet, provoquant ainsi un sentiment d’isolement injustifié.
D’après cette étude, lorsque les jeunes adultes ont la possibilité de parler de leurs habitudes en matière de dépistage (voire de leurs résultats) à des membres de leur communauté, iels auraientl’impression que celleux-ci les jugerait.
Malgré leur stigmatisation, les ITSS ne sont pas un aspect inhabituel de la vie sexuelle. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que, chez les personnes âgées de 15 à 49 ans, plus d’un million d’ITSS sont contractées quotidiennement à travers le monde.
Éric Charette, directeur du développement chez Prelib, un centre de dépistage des ITSS basé à Montréal, affirme qu’il est essentiel d’apprendre à discuter des ITSS avec nos partenaires, franchement et sans stigmatisation, et ce, peu importe le sérieux de la relation. Partager un résultat positif au test de dépistage d’une ITSS à un·e partenaire est un gage de respect pour la santé de chacun·e. Cela contribue également à désamorcer le tabou des ITSS. « On le dit parce qu’on se soucie de l’autre personne, on veut qu’elle se fasse soigner aussi », explique-t-il.
Divulguer cette information n’est pourtant pas chose facile pour beaucoup d’entre nous. Selon Charette, cette hésitation résulte d’un manque d’éducation en matière de santé sexuelle. Elle peut également être expliquée par les différences d’origines et d’expérience d’une personne à l’autre, ce qui peut influencer leur rapport au sexe. « Tout le monde n’a pas les mêmes connaissances, tout le monde n’a pas la même manière d’aborder la santé sexuelle. Beaucoup de gens l’associent encore à la culpabilité6. »
Jazmine George, responsable du programme national de sensibilisation à la Fondation canadienne de recherche sur le sida (CANFAR), affirme que la meilleure façon d’aborder le sujet est de le faire avec vulnérabilité, et en éliminant la honte associée aux ITSS. Parler plus ouvertement des ITSS devrait être normalisé, « car lorsqu’on se sent à l’aise de partager notre état de santé sexuelle, ça aide à protéger tout le monde ».
Le sentiment de honte associé aux ITSS peut provenir de la crainte d’avoir fait quelque chose de mal ou d’avoir compromis la santé d’un·e partenaire en lui transmettant une ITSS, ajoute George, alors que ce n’est pas vraiment le cas : « La plupart des ITSS peuvent être guéries ou traitées. »
Si vous avez obtenu un résultat positif et que vous devez en informer votre partenaire, tentez d’être aussi honnête que possible. Si votre relation est affective ou de longue date, il peut être préférable d’en parler en personne. Trouver un endroit où tout le monde est à l’aise est un bon premier pas vers la conversation.
Quel que soit le lieu choisi pour aborder le sujet, il est préférable d’adopter une approche collaborative plutôt qu’accusatrice. Essayez de garder un ton calme et neutre, et évitez de blâmer l’autre personne ou de faire des suppositions quant à son passé sexuel. Il n’est pas nécessaire de décortiquer qui a transmis l’infection à qui, surtout si toutes les personnes impliquées ont plusieurs partenaires. Ce qui importe, c’est que chacun·e puisse connaître ou être informé·e de son état, et recevoir des soins ou informer ses autres partenaires, si nécessaire.
Rappeler à votre partenaire que les ITSS sont traitables et que la plupart des symptômes sont gérables peut également aider tout le monde à se sentir plus à l’aise.
Au cours de votre conversation, dites à votre partenaire que vous avez testé positif en indiquant précisément ce qui a été détecté et à quel moment vous avez effectué le test. Vous voudrez peut-être lui indiquer si d’autres partenaires sont impliqué·e·s, et quels symptômes vous ressentez. Si ça vous semble approprié, vous pouvez lui mentionner l’endroit où vous avez effectué le test, ou lui offrir votre aide pour son propre dépistage.
Jazmine George affirme qu’il suffit d’informer votre partenaire de votre état de santé et de votre intention de commencer un traitement; pour le reste, le choix des informations à partager vous appartient entièrement.
Parfois, un tête-à-tête n’est pas nécessaire : un simple message texte peut suffire aux relations plus informelles. Cependant, comme pour les conversations en personne, votre message doit être suffisamment détaillé pour transmettre les informations dont votre destinataire a besoin afin de se faire dépister ou soigner. Et il est toujours préférable de choisir le bon moment pour l’envoi du message : personne n’aime recevoir une nouvelle importante en pleine journée de travail stressante.
Si votre partenaire prend la nouvelle durement, George estime que la priorité absolue est d’évaluer votre propre niveau de sécurité et, si nécessaire, de vous éloigner de la situation. Elle suggère de demander préalablement à un·e ami·e de se tenir prêt·e à vous appeler avec une demande « urgente », si la conversation a lieu en personne. Il est également acceptable de mettre fin à une conversation téléphonique ou par texto si vous sentez que vous n’êtes pas respecté·e, ajoute-t-elle.
Elle souligne également qu’il n’est pas nécessaire d’attendre un résultat positif au test de dépistage pour parler des ITSS: il est toujours possible d’en discuter avec vos partenaires avant toute relation sexuelle. Demander à un·e partenaire potentiel·le à quand remonte son dernier dépistage et partager votre propre historique de dépistage de façon directe et sans jugement peut devenir partie intégrante de pratiques sexuelles plus sûres.
« Il faut presque s’y entraîner ou prendre le temps de se mettre à l’aise », explique George. Mais ça peut facilement devenir une habitude saine. « Les rapports sexuels protégés jouent un rôle si important dans nos vies qu’on réalise à quel point c’est important d’avoir cette conversation avec nos amis, nos partenaires », dit-elle8.
Jazmine George affirme que pour la communauté LGBTQ2S+, protéger notre santé est essentiel, et notre histoire est la preuve de notre savoir-faire.
« On s’est tellement démené·e·s pour choisir notre identité, pour assumer qui on est vraiment, que ce soit sur le plan sexuel ou identitaire », explique-t-elle. « La santé sexuelle fait également partie intégrante de cette identité. »
*Cet article a été vérifié·e par un fact checker de Script