Au cours des dernières décennies, les progrès réalisés dans les domaines de l’éducation et de la médecine ont permis de réduire considérablement le nombre de nouvelles infections par le VIH au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il n’existe toujours pas de remède contre ce virus, son traitement est tout à fait efficace. Avec des soins adaptés, une personne séropositive peut mener une vie épanouie et en bonne santé ; de plus, des traitements de première intention efficaces permettent de réduire la charge virale à un niveau indétectable et non transmissible.
Le traitement du VIH comprend également des mesures visant à prévenir l'infection avant et après une exposition. Il s'agit de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et de la prophylaxie post-exposition (PEP). La PrEP peut être utilisée par les personnes exposées au risque de contracter le VIH afin de se protéger contre de nouvelles infections. La PEP est utilisée immédiatement après une exposition présumée au VIH et peut prévenir l'infection même si le virus a déjà pénétré dans l'organisme.
La PrEP a gagné en popularité, mais les campagnes de santé publique continuent de cibler principalement les hommes queer. Nombreuses sont les femmes qui ignorent qu’elles peuvent bénéficier de ce traitement : par exemple, une enquête menée auprès de femmes cis et trans en Ontario, a révélé que seules 51 % des personnes interrogées connaissaient l’existence de la PrEP, alors que la moitié du groupe interrogé présentait un risque élevé d’infection par le VIH. Plus de 90 % des personnes interrogées ne s’étaient jamais vu proposer la PrEP par leur médecin.
Pour éclaircir ce sujet, Script s'est entretenu avec la Dre Anastacia Tomson au sujet de la PrEP et de ce que les femmes doivent savoir à son sujet.
La PrEP, c'est quoi et comment ça marche ?
« Comme son nom l'indique, la PrEP est une mesure préventive », explique Dr eTomson. Si une personne qui prend la PrEP est exposée au VIH, le médicament commence immédiatement à attaquer le virus et peut le détruire avant qu'il ne se multiplie suffisamment pour entraîner une infection chronique.
Santé Canada a approuvé quatre formulations de PrEP : deux comprimés oraux et deux injections à action prolongée. Les comprimés de PrEP par voie orale se prennent une fois par jour. Ils peuvent être pris « au besoin » avant une exposition prévue, ce que l'on appelle la prise à la demande ou en fonction des événements. Ce type de PrEP consiste à prendre deux comprimés deux à 24 heures avant un rapport sexuel. Cette prise est suivie d'un comprimé 24 heures après la première prise, puis d'un autre 24 heures plus tard. On parle alors de schéma posologique « 2-1-1 ».
La PrEP injectable à action prolongée est une innovation récente. Une version autorisée en 2024 contient du cabotégravir et agit pendant deux mois. La dernière version, autorisée cette année, contient du lénacapavir et agit pendant 6 mois. Les injections sont administrées par un·e professionnel·le de la santé.
Des essais cliniques sont en cours concernant la PrEP orale à long terme. Parmi ceux-ci figure un comprimé oral à prendre une fois par mois, mais ces traitements n’ont pas encore été autorisés pour une utilisation à grande échelle.
Les femmes ont-elles besoin de la prendre la PrEP ?
Malgré les progrès réalisés, le nombre de nouvelles infections par le VIH est en hausse au Canada. En 2024, les nouvelles infections ont augmenté de 23 %, une hausse inquiétante qui fait craindre aux militant·e·s que les progrès accomplis ne soient remis en cause.
Les femmes représentaient près d’un tiers des nouvelles infections par le VIH au Canada en 2020. Les femmes autochtones, les femmes trans et les femmes utilisatrices de drogues sont particulièrement exposées à ce risque. La discrimination, le manque d’accès aux soins de santé et le chômage contribuent tous à ce risque accru.
Ainsi, d’une manière générale, les femmes ont besoin de la PrEP, en particulier celles qui présentent un risque accru d’infection par le VIH. Et elles peuvent y avoir recours : la PrEP est efficace pour les personnes de tous genres, qu’elles soient cis ou trans. Malgré cela, les données provenant de neuf provinces canadiennes montrent que seules 2 % des personnes utilisant la PrEP sont des femmes.
Ainsi, d’une manière générale, les femmes ont bel et bien besoin de la PrEP, en particulier celles qui présentent un risque accru d’infection par le VIH. Et elles peuvent y avoir recours : la PrEP est efficace pour les personnes de tous genres, qu’elles soient cisgenres ou transgenres. Malgré cela, les données provenant de neuf provinces canadiennes montrent que seules 2 % des personnes utilisant la PrEP sont des femmes.
Dans quelle mesure la PrEP est-elle sûre et efficace, en fait ?
En bref, on peut dire qu’elle est très efficace.
Lorsqu’elle est utilisée correctement, la PrEP réduit jusqu’à 99 % le risque de contracter le VIH. Cependant, comme le souligne Dre Tomson, le risque de transmission « dépend du type de rapport sexuel pratiqué ». Les rapports anaux passifs, par exemple, présentent un risque plus élevé que les rapports vaginaux passifs.
Elle ajoute également que, bien que l’efficacité de la PrEP chez les femmes ait été moins étudiée que chez les hommes, « le mécanisme est le même, donc cela fonctionne ».
Lorsqu’elle est utilisée correctement, la PrEP réduit jusqu’à 99 % le risque de contracter le VIH. Cependant, comme le souligne Dre Tomson, le risque de transmission « dépend du type de rapport sexuel pratiqué ». Les rapports anaux passifs, par exemple, présentent un risque plus élevé que les rapports vaginaux passifs.
Elle ajoute également que, bien que l’efficacité de la PrEP chez les femmes ait été moins étudiée que chez les hommes, « le mécanisme est le même, donc cela fonctionne ».
Il est notamment important de noter que, chez les femmes trans, la PrEP ne présente pas d’interaction négative connue avec le traitement hormonal substitutif. Et rien ne prouve que le médicament soit moins efficace chez les personnes trans que chez les personnes cis. Des études ont également montré que la PrEP injectable est efficace chez les femmes trans et chez les femmes cis, mais les recherches se poursuivent.
La PrEP ne présente aucun risque connu pour la grossesse ou l’allaitement. Les formulations orales et injectables de la PrEP réduisent la transmission du VIH entre les personnes enceintes et les fœtus, ainsi que la transmission parent-enfant pendant l’allaitement.
À notre connaissance, la PrEP ne présente aucun risque pour la grossesse ou l'allaitement. Les formes orales et injectables de la PrEP réduisent la transmission du VIH des femmes enceintes à leur fœtus, ainsi que la transmission parent-enfant pendant l'allaitement.
La PrEP me convient-elle ?
Avant de commencer la PrEP, il est important de peser le pour et le contre entre ses avantages et ses inconvénients potentiels.
La PrEP peut être bénéfique pour de nombreuses personnes. Les personnes qui ont des rapports sexuels non protégés sans connaître le statut sérologique de leurs partenaires bénéficient d’une protection importante grâce à la PrEP, car la majorité des nouvelles infections par le VIH au Canada¹² se transmettent par contact sexuel. Cela inclut les personnes ayant des rapports sexuels occasionnels avec plusieurs partenaires et les travailleur·euse·s du sexe proposant des services complets qui n’utilisent pas (ou ne peuvent pas utiliser) de condoms.
Les personnes dont les partenaires sexuel·les sont séropositif·ve·s peuvent prendre la PrEP comme protection supplémentaire. Une personne séropositive dont la charge virale est indétectable ne transmettra pas le virus par contact sexuel, mais la PrEP protège contre les variations imperceptibles de la charge virale ou les défaillances des méthodes de barrière telles que les condoms.Cependant, le début d’un nouveau traitement nécessite de prendre certains éléments en compte. Le coût, l’accès et la commodité sont autant de facteurs importants. La PrEP n’est disponible que sur ordonnance, par exemple. De plus, la PrEP injectable doit être administrée par un·e professionnel·le de la santé.
Certaines personnes trouvent par exemple qu’il est peu pratique de prendre un comprimé tous les jours. La PrEP à la demande nécessite également une ordonnance et n’offre pas une protection durable. Les obstacles à l’accès et le suivi des prescriptions médicales ont tous une incidence sur l’efficacité à long terme de la PrEP : si une personne ne prend pas son traitement comme prescrit, le médicament sera moins efficace.
Enfin, la PrEP est généralement bien tolérée, mais elle peut entraîner des effets secondaires tels que diarrhée, maux de tête, vertiges, nausées et indigestion. Cela dit, la plupart des effets secondaires courants surviennent chez moins de 10 % des personnes, sont légers et disparaissent spontanément.
Un très petit nombre de personnes qui commencent un traitement par PrEP peuvent présenter des problèmes osseux ou rénaux. Toute personne souffrant d’effets secondaires graves liés à la PrEP doit en discuter avec leur médecin.
Pourquoi si peu de femmes prennent-elles la PrEP ?
Dre Tomson explique que le faible accès des femmes à la PrEP est dû à des barrières sociales. Comme les messages de santé publique les plus visibles ciblent les hommes cis ayant des rapports sexuels avec des hommes, d’autres populations — en particulier les personnes trans et les femmes cis — peuvent être laissées de côté dans le cadre de la recherche et des interventions.
Le fait que de nombreux clinicien·ne·s n’évoquent pas la PrEP avec leurs patientes pose également un problème, ajoute-t-elle. « Les professionnel·le·s de la santé qui ne sont pas suffisamment formé·e·s et informé·e·s sur la PrEP et ses modalités d’utilisation constituent un autre obstacle majeur. [Les patientes] ne peuvent pas demander la PrEP si [elles] ne savent pas ce qu’est la PrEP. »
Par ailleurs, les femmes doivent faire face aux obstacles rencontrés par toute personne souhaitant accéder à la PrEP, quel que soit son genre. « Où ces services sont-ils mis en place ? », demande Tomson. « Les gens doivent-iels se déplacer pour y accéder ? Doivent-iels s'absenter de leur travail pour cela ? Se rendent-iels dans un établissement où le simple fait d'être présent·e les expose à des risques, car cela attire l'attention et compromet leur confidentialité ? »
Comment commencer la PrEP ?
Si vous estimez que la PrEP vous convient, plusieurs possibilités s’offrent à vous pour la commencer. Le lieu et la fréquence d’accès à ce traitement sont importants, car la PrEP doit généralement être prise de manière continue. Au Canada, les médecins et les infirmier·ère·s praticienn·ee·s peuvent prescrire directement la PrEP. Les hôpitaux, les cliniques et les centres spécialisés dans le VIH peuvent également fournir la PrEP ou orienter les patient·e·s vers des prestataires en mesure de les aider. Certaines provinces peuvent disposer de leurs propres dispositifs pour faciliter l’accès à la PrEP. L’Ontario et l’Alberta, par exemple, disposent de sites web d’information sur la PrEP proposant des recommandations et des listes de prescripteurs locaux.
Avant de prescrire la PrEP, les professionnel·les de la santé peuvent exiger des tests de dépistage du VIH et de l’hépatite, car la PrEP peut provoquer des poussées d’hépatite si elle n’est pas gérée correctement. Vous devriez pouvoir collaborer avec votre professionnel·le de la santé pour déterminer le meilleur traitement adapté à vos besoins et commencer.
Tomson explique qu’un·e bon·ne professionnel·le a la responsabilité de mettre les patient·e·s à l’aise pour qu’iels s’expriment librement. En tant que patient·e. vous ne devez toutefois pas avoir peur de défendre vos intérêts. « La meilleure façon de procéder est de poser la question de manière très directe et très claire. Dites à votre professionnel·le de lasanté : “J’ai entendu parler de la PrEP” ou “Je m’intéresse à la PrEP” », conseille Tomson. « Demandez-lui : « Est-ce vous pouvez m’aider avec ça ? Si vous ne le pouvez pas, pourriez-vous m’orienter vers quelqu’un qui le peut ? ».