En voyage, beaucoup de gens prennent la prophylaxie préexposition (PrEP) pour limiter le risque de contracter le VIH. Si on la prend telle que prescrite, elle réduit de 99 % ce risque, mais contrairement au condom, elle ne protège pas contre les autres infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS).
La PrEP arrive aux États-Unis en 2012, suivant l’approbation du Truvada par le gouvernement américain. En 2016, le médicament est approuvé en Europe et au Canada. Au fil des ans, le comprimé quotidien devient plus accessible un peu partout dans le monde — que ce soit par le biais d’un assureur privé ou d’un programme gouvernemental — et une autre forme de PrEP quotidienne (Descovy) fait son entrée sur le marché.
En 2021, le gouvernement américain approuve le médicament Apretude (ou cabotégravir), une forme de PrEP injectée aux deux mois par un·e professionnel·le de la santé. (C’est en 2023 et en 2024, respectivement, que la PrEP injectable est approuvée en Europe et au Canada.) Les assureurs et les programmes gouvernementaux adoptent tranquillement la PrEP injectable, comme ils l’ont fait pour le comprimé quotidien.
« Vu que la plupart des assureurs privés la couvrent et que le gouvernement l’a ajoutée à sa liste de médicaments remboursés, on voit de plus en plus de gens la prendre ou s’y intéresser », note Drew Schonbe alias Pharmacist Drew, pharmacien autorisé spécialiste du VIH et fondateur de la PrEP Clinic.
À l’instar du comprimé quotidien, la PrEP injectable présente des avantages et des inconvénients. Pour beaucoup de personnes, c’est une solution pratique en voyage. Mais il y a aussi quelques bémols.
« Contrairement au Truvada, à son générique ou au Descovy, qui sont tous très semblables, c’est une nouvelle catégorie de médicaments », explique le docteur Caley Shukalek, médecin en chef de PurposeMed, une plateforme de soins virtuels albertaine. PurposeMed relie les prestataires en santé à la patientèle des communautés mal desservies, notamment grâce à la marque Freddie, qui prescrit la PrEP en ligne.
Après chaque injection, l’Apretude reste dans le corps pendant une période donnée, en quantité suffisante pour protéger la personne contre une infection au VIH. La première injection est donnée par un·e médecin, un·e infirmier·ère praticien·ne ou un·e autre clinicien·ne. On reçoit ensuite une deuxième injection, qui garantit que le médicament est présent en quantité suffisante. Par après, on se fait injecter aux deux mois, sans prendre de comprimé. La douleur et les ecchymoses au point d’injection sont possibles, mais ces symptômes s’atténuent généralement avec le temps.
L’injection présente plusieurs avantages. « Ce n’est pas tout le monde qui veut prendre un comprimé chaque jour ou qui se rappelle de le prendre », explique Drew Schonbe.
Par ailleurs, la PrEP injectable évite de trimbaler le médicament avec soi; il suffit de l’apporter au rendez-vous d’injection. « Ce que j’entends dans le milieu universitaire et du côté de la patientèle, rapporte Dr Shukalek, c’est que beaucoup de gens apprécient la discrétion du médicament injectable. Ils n’ont plus besoin d’expliquer pourquoi iels ont un comprimé, pourquoi iels prennent un comprimé. »
C’est particulièrement vrai pour les personnes qui se rendent dans un pays où soit le VIH, soit l’homosexualité sont stigmatisés ou criminalisés. Avec la PrEP injectable, on ne leur pose plus de questions sur les comprimés dans leur valise et les services frontaliers ne peuvent plus déduire leur orientation sexuelle en fonction de leur médication. Iels n’ont plus à s’inquiéter qu’un·e membre de leur famille, un·e employé·e de l’hôtel ou un·e représentant·e de la loi découvre qu’elles se protègent activement contre le VIH.
« Si vous allez passer un mois dans un pays où il est illégal d’avoir des médicaments contre le VIH et que vous avez reçu votre injection avant de partir, souligne le docteur Shukalek, vous savez que vous êtes protégé·e durant votre séjour. »
L’injection doit cependant être faite par un·e professionnel·le de la santé, contrairement au comprimé qu’on prend soi-même. Si on part plus de deux semaines et que le séjour coïncide avec un rendez-vous d’injection, il faut s’organiser en conséquence. Quand une personne commence à se faire injecter la PrEP, on lui donne une date cible qui reste la même tous les deux mois. Si la première injection est faite le quinzième jour du mois, par exemple, toutes les injections suivantes doivent se faire le 15. Il existe toutefois une petite marge de manœuvre : on peut se faire injecter jusqu’à une semaine avant ou après la date cible. Si on reprend l’exemple du 15, la personne doit donc se faire injecter entre le 8 et le 22.
Si vous prévoyez être en voyage pendant cette période de deux semaines, le docteur Shukalek conseille d’en parler à la personne qui vous traite : « Votre professionnel·le de la santé peut essayer d’étaler la dose sur plus d’une injection ou choisir une date qui maximise la période de protection. Cela dit, la plupart des professionnel·le·s ne vous injecteront pas plus d’une semaine à l’avance. »
Si on n’est pas disponible à la date voulue, poursuit-il, on peut prendre le médicament sous forme de comprimé (« c’est une autre marque, mais le médicament est le même ») pour se protéger jusqu’à la prochaine injection. Prescrit par un·e prestataire de soins, ce comprimé peut être pris jusqu’à deux mois de suite. Un·e professionnel·le de la santé peut toutefois déterminer que la personne doit recevoir une injection supplémentaire à son retour si elle prend le médicament temporaire depuis trop longtemps. S’il est impossible de s’organiser avant de partir en voyage, ajoute le médecin, on peut aussi prendre le Truvada, son équivalent générique ou le Descovy.
Ces médicaments sont distincts de l’Apretude, explique-t-il, « mais si on les prend tels que prescrits — en général une fois par jour –, ils offrent une excellente protection ».
C’est une des ironies de la PrEP injectable : elle est plus pratique pour les gens qui voyagent, mais seulement jusqu’à un certain point. « Ce qui est bizarre, remarque Drew Schonbe, c’est que si on pense voyager plus longtemps, on troque l’injection contre un comprimé. » Sa clinique propose le comprimé aux personnes qui commencent la PrEP injectable : « Non seulement pour les gens qui voyagent, mais au cas où la personne a un imprévu, tombe malade ou n’est pas en mesure de se faire injecter aux deux mois. Comme ça, elle n’a pas besoin de recommencer toute la démarche. »
La science continue d’évoluer. En juin 2025, aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) approuvait le Yeztugo (lénacapavir), une forme de PrEP qui nécessite seulement deux injections par an, tous les six mois. Le médicament est approuvé au Canada depuis juin 2026. S’il reste coûteux et rarement couvert, il permet de voyager beaucoup plus longtemps, sans rendez-vous avec un·e professionnel·le de la santé ni mesures provisoires.
Pour le moment, rappelons toutefois qu’il peut être difficile de se procurer des médicaments pour prévenir ou traiter les ITSS à l’étranger. Drew Schonbe conseille de se renseigner et de s’organiser avant de partir pour savoir comment procéder si un problème de santé sexuelle se présente, surtout en région éloignée ou si les soins sont difficiles d’accès.
On a parfois du mal à demander le médicament voulu, par exemple s’il porte un autre nom dans le pays qu’on visite ou si on ne parle pas la langue. Certain·e·s pharmacien·ne·s ne comprendront pas votre ordonnance; d’autres la comprendront, mais s’y opposeront pour des raisons morales. Le spécialiste conseille de demander à la ou au médecin qui rédige l’ordonnance d’ajouter des précisions ou des instructions très claires, pour qu’un·e pharmacien·ne à l’étranger comprenne bien de quoi il s’agit. On peut aussi apporter des renseignements ou des ressources à donner aux pharmacien·ne·s concernant le médicament et les raisons de le prendre.
« Si vous allez en voyage et que vous avez des besoins par rapport à votre santé, conseille Drew Schonbe, pensez aux ressources et aux services accessibles avant de partir, pour éviter le stress et les recherches en catastrophe une fois sur place. »
Et si vous manquez de PrEP à l’étranger, une dernière option s’offre à vous : « Je dois dire qu’éviter les rapports sexuels et toute autre activité associée à la transmission du VIH est une stratégie très efficace, conclut le docteur Shukalek. Mais je suis réaliste : ce sont des choses qui arrivent. »