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Santé trans

Détransition et regret de transition : deux sujets à démythifier

Combien de gens regrettent d’avoir reçu des soins d’affirmation de genre? Les personnes qui détransitionnent regrettent-elles toujours leur transition?


Écrit par Charlotte Sheasby
January 6, 2026 dernière mise à jour January 9, 2026

Détransition et regret de transition : deux sujets à démythifier cover image
Getty Images; acepeaque/Script

Qu’elle soit médicale ou sociale, la transition de genre n’est pas toujours un choix permanent. On parle alors de détransition. Politiquement, les personnes concernées sont au cœur du conflit culturel autour des droits de la communauté trans. La classe politique, les médias et le monde de l’influence transphobe récupèrent les récits de détransition pour « prouver » que la plupart des gens qui transitionnent regrettent leur choix – ce qui est complètement faux.

Pour remettre les pendules à l’heure, nous avons interviewé des thérapeutes et des prestataires en santé qui pratiquent au Canada. Ces spécialistes nous aident à décortiquer le regret de transition et le phénomène de la détransition.
 

Pourquoi le regret de transition fait-il les manchettes en ce moment?

« On entend beaucoup parler du regret de transition à cause d’un certain militantisme transphobe, foncièrement idéologique, qui prétend que des prestataires woke donnent des soins d’affirmation de genre sans égard pour la sécurité des gens », résume Imogen McIntyre, intervenant·e en travail social et conseillèr·e LGBTQ2S+ à Vancouver.

Imogen ajoute : « En exagérant le problème du regret de transition, les transphobes suggèrent que les personnes qui reçoivent des soins d’affirmation de genre n’ont jamais été trans. Comme si elles étaient atteintes de maladie mentale, qu’on les avait induites en erreur ou qu’on leur avait forcé la main. »
 

D’après Imogen, c’est pourquoi les discours transphobes ont tendance à aborder le regret de transition en même temps que le pédopiégeage, appelé grooming en anglais (une croyance voulant que les adultes manipulent les enfants pour leur faire adopter une identité trans), ou encore la transidentité comme « contagion sociale », qui guetterait tant les adultes que les enfants.

Combien de gens regrettent d’avoir reçu des soins d’affirmation de genre?

Très peu, mais les chiffres exacts dépendent du type de soins.

Quand on parle de soins d’affirmation de genre, on pense souvent à la chirurgie : vaginoplastie, augmentation mammaire, phalloplastie, mastectomie masculinisante, etc.

Le taux de regret pour ce type d’opération est assez faible. Plusieurs études scientifiques évaluées par les pair·e·s (dont une qui date de l’an dernier) montrent que moins d’un pour cent des personnes trans qui optent pour ces chirurgies regrettent leur choix. Par contraste, le taux de regret après un autre type d’opération se situe autour de 14,4 %.
 

Mais les soins prennent aussi d’autres formes : changer de nom et de pronoms (et être respecté·e dans son choix), explorer son identité en toute sécurité avec un·e thérapeute, faire de l’hormonothérapie… La liste est longue.

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Il semble que le taux de regret pour ces différents types de soins soit lui aussi plutôt faible. D’après une étude menée en décembre 2022, aux Pays-Bas, la plupart des jeunes qui font de l’hormonothérapie pour des raisons d’affirmation de genre continuent à l’âge adulte. Les données réunies par la World Professional Association for Transgender Health (WPATH) dans la dernière version du guide Standards of Care for the Health of Transgender and Gender Diverse People montrent que le taux de regret est faible chez les ados qui reçoivent des soins d’affirmation de genre avec l’accompagnement d’une équipe médicale. Quant au taux de satisfaction, il est assez élevé.

En plus de 20 ans de travail auprès de la communauté LGBTQ2S+, Imogen a constaté que le taux de regret quant aux soins d’affirmation de genre est « très faible ». En revanche, plusieurs des personnes suivies par Imogen regrettent de n’avoir pas pu transitionner plus tôt : « Ce que je vois beaucoup plus, ce sont des gens qui vivent un deuil par rapport à toutes les années où ils n’avaient pas accès aux soins ou avaient trop peur d’exprimer leur identité. Pour ces gens-là, ce sont des années perdues. »

Quels garde-fous sont mis en place pour réserver les soins d’affirmation de genre aux personnes qui en ont besoin?

Il y en a plusieurs.

Les démarches à faire pour obtenir des soins chirurgicaux, en particulier, ne sont ni simples ni rapides.

Le réseau Vancouver Coastal Health (VCH) est responsable du Gender Surgery Program de la Colombie-Britannique. Dans l’ouest du Canada, c’est le seul programme qui offre des opérations d’affirmation de genre au bas du corps. D’après un·e porte-parole, en 2023, environ 65 vaginoplasties, 10 phalloplasties et 10 métaïodoplasties ont eu lieu dans le cadre du programme. Ces chiffres excluent les personnes qui habitent en C.-B., mais qui vont au GrS Montréal pour se faire opérer au bas du corps.

Comme d’autres programmes chirurgicaux en affirmation de genre au Canada, le Gender Surgery Program de la C.-B. adhère aux normes de la WPATH. Le niveau de préparation à la chirurgie est donc évalué non seulement pas un·e médecin traitant·e, mais aussi par un·e spécialiste qui travaille pour le programme. Par ailleurs, les chirurgien·ne·s doivent prendre le temps d’expliquer exactement à quoi chaque patient·e doit s’attendre.

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Une fois que la personne consent, une équipe de spécialistes en physiothérapie, en travail social et en soin des plaies examine son dossier. Toujours d’après un·e porte-parole de VCH, chaque spécialiste donne des renseignements complémentaires, l’idée étant de guider les patient·e·s et de faire en sorte que leurs attentes soient réalistes.

Cette démarche, qui s’étend sur plusieurs années, est réservée aux adultes.

Ailleurs au pays, le processus est tout aussi long. En Alberta, par exemple, les adultes trans ou qui font partie de la diversité de genre attendent jusqu’à huit ans pour se faire opérer le bas du corps au GrS Montréal.

Et si on regrette d’avoir reçu des soins d’affirmation de genre?

Parfois, une personne choisit de revenir à l’identité de genre qu’on lui avait assignée à la naissance. On parle alors de détransition. Cette démarche peut prendre différentes formes, tout dépendant des soins que la personne a reçus.

Par exemple, la personne peut complètement défaire sa transition sociale : soit elle reprend le nom, les pronoms, l’habillement et la coiffure d’avant sa transition (entre autres marqueurs de genre), soit elle adopte une nouvelle apparence et une nouvelle identité. Loin d’être des événements ponctuels, la transition et la détransition sont des démarches à long terme, qui varient énormément d’une personne à l’autre.
 

On peut choisir d’interrompre les interventions médicales non chirurgicales, comme l’hormonothérapie. Certains de ces traitements ont des effets permanents. Par exemple, quand on prend de la testostérone, la voix devient plus grave. Ce changement est irréversible. Mais comme l’explique Imogen, cette réalité n’est pas un problème en soi : « En tant que tel, le fait d’être une femme poilue avec une voix plus grave n’a rien de tragique. C’est le militantisme transphobe qui prône cette vision rigide, étriquée de la féminité. »

Cela dit, le regret de transition reste difficile à vivre et certains changements – notamment les interventions chirurgicales – sont irréversibles. Les rares personnes qui regrettent une opération doivent donc apprendre à vivre avec leur corps.

Les personnes qui détransitionnent regrettent-elles leur transition?

Pas toujours.

D’habitude, quand on présume que la détransition est le résultat d’un regret, on part du principe qu’il n’existe que deux genres et que l’identité de chaque personne est immuable. Pourtant, c’est faux.

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Jay Jonah, travailleur social et thérapeute à Toronto, explique que la détransition et le regret de transition sont deux phénomènes distincts : « Une personne qui détransitionne ne regrette pas forcément sa transition, et le regret de transition n’amène pas forcément à détransitionner. » Par exemple, une personne qui s’identifiait jadis comme homme trans, mais qui s’identifie maintenant comme non binaire peut choisir de détransitionner, de faire marche arrière par rapport à certains changements; elle ne devient pas cisgenre pour autant.

« Parfois, explique Imogen, les gens détransitionnent parce qu’ils se sentent en danger ou parce qu’ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins médicaux, sociaux ou financiers tout en incarnant le genre auquel ils s’identifient… Pour d’autres personnes, l’identité de genre et l’expression de genre continuent d’évoluer avec l’âge. Dans ces cas-là, le fait de détransitionner découle non pas d’un regret, mais bien d’un épanouissement dans la fluidité. »

De quelle forme d’aide les personnes qui détransitionnent (ou qui regrettent leur transition) ont-elles besoin?

Imogen et Jay s’entendent pour dire que dans un cas comme dans l’autre, les gens ont besoin de lieux sûrs où ils peuvent être eux-mêmes.

« La plupart des espaces qui accueillent les personnes trans encouragent la transition et célèbrent chaque étape du processus, note Jay. Souvent, les personnes qui pensent détransitionner, qui sont en pleine détransition ou qui regrettent leur transition sentent qu’elles ne sont pas bienvenues. »

Effectivement, outre quelques communautés virtuelles et une poignée de thérapeutes spécialisé·e·s, il existe bien peu de ressources officielles pour cette communauté. Et si on faisait les choses autrement?

« Le fait est que les gens détransitionnent pour toutes sortes de raisons, résume Jay, pas seulement parce qu’ils regrettent leur transition. Ces personnes-là ont besoin de soutien, au même titre que celles qui veulent transitionner. »

D’après Imogen, les gens ont surtout besoin d’être rassurés : « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’avoir un corps, d’être une femme ou d’être un homme. Tous les corps ont le droit d’exister, peu importe ce qui a changé au fil du temps. Pour la plupart d’entre nous, le genre est une identité mouvante, qui évolue tout au long de la vie. »

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