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Santé trans

L’impact des conditions météorologiques extrêmes sur la santé des personnes trans

La crise climatique expose les personnes trans à des risques accrus — mais les réponses communautaires renforcent la résilience


Écrit par Henry Carnell
le 14 août 2026 dernière mise à jour le 14 août 2026

Collage features a wildfire through a person's eyes, with a distressed figure.
Getty Images; Alex Apostolidis

En 2022, l’ouragan Ian a frappé la Floride en s’abattant sur la côte ouest de l’État, près de Fort Myers. Il s’agit de l’une des tempêtes les plus puissantes à avoir jamais touché le sol états-unien, faisant plus de 150 morts et causant plus de 150 milliards de dollars de dégâts. Au cours des années qui ont suivi, des scientifiques ont confirmé que les changements climatiques d’origine humaine avaient aggravé la tempête; les précipitations ayant augmenté de 18%.

Pendant que la tempête faisait rage, Jasmine McKenzie se trouvait en dehors de la trajectoire de l’ouragan, dans une autre région de la Floride. Mais dès que l’ouragan a pris fin, elle a rempli une camionnette de 15 places de matériel et s’est rendue sur les lieux pour constater les ravages causés par le cataclysme. Si la communauté entière avait besoin d’une aide d’urgence, McKenzie savait qu’une partie de la population de l’ouest de la Floride risquait d’être laissée pour compte : les personnes trans. McKenzie, elle-même une femme trans, est directrice générale du McKenzie Project, une organisation au service des personnes noires trans, de genre non conforme et non binaires en Floride, un État où les lois anti-trans sont parmi les plus répressives des États-Unis.

McKenzie a distribué 57 génératrices ainsi que des vêtements, de la nourriture, des coupons d’essence et d’autres ressources aux personnes trans de Floride se trouvant sur la trajectoire de l’ouragan, car elle savait que celles-ci n’auraient pas accès à d’autres ressources d’urgence. « Il y avait un besoin spécifique pour les personnes trans », explique-t-elle, car cette communauté dispose de revenus plus faibles pour se procurer ces ressources.
 

Elle savait également que les personnes trans pouvaient se voir refuser l’accès aux refuges d’urgence ou faire l’objet de discriminations lorsqu’elles tentaient d’y accéder sans les documents requis, ou avec des documents ne correspondant pas à leur identité de genre. Par exemple, suite à l’ouragan Katrina, dans une affaire très médiatisée, deux cousines, une fille et une jeune femme trans noires, ont toutes deux été évacuées vers un refuge à College Station, au Texas. Là-bas, elles ont été arrêtées pour avoir utilisé les toilettes des femmes.
 

« Après une catastrophe, les personnes queer, et en particulier les personnes trans racisées, sont encore davantage criminalisées », explique Michael Mendez, professeur à l’Université de Californie à Irvine, qui étudie les impacts des catastrophes sur les communautés marginalisées. La plupart des membres de la communauté trans, et la communauté trans noire en particulier « subissent toutes ces formes de haine et d’inégalité, et elles les subissent également lors de catastrophes. La discrimination juridique, psychologique et physique peut s’amplifier en cas de catastrophe. »
 

Un nombre encore limité, mais croissant, de travaux de recherche se penchent sur l’intersection entre les identités trans et les risques climatiques. Une étude publiée en 2026 dans la revue Population and Environment a montré que les personnes trans interrogées en Ohio étaient beaucoup plus susceptibles de subir les conséquences de la chaleur extrême ou des inondations que leurs homologues cis masculins. « Nous avons constaté que les personnes [trans] sont beaucoup plus susceptibles de subir des conséquences négatives sur leur santé, liées à ces phénomènes météorologiques extrêmes », explique Brandon Rothrock, l’un des coauteur·rice·s de l’étude.
 

Les conséquences négatives sur la santé allaient des blessures physiques aux infections respiratoires, en passant par le stress psychologique. Certaines étaient spécifiques à la catastrophe, notamment les coups de chaleur lors de vagues de chaleur extrêmes ou les réactions allergiques dues à la prolifération de la moisissure après les inondations. Rothrock et son équipe ont constaté que les personnes trans interrogées étaient 3,5 à 3,8 fois plus susceptibles de subir des conséquences négatives sur leur santé que les hommes cis, selon le type de catastrophe.

Dans une étude complémentaire, Rothrock a constaté que les personnes trans en situation de handicap étaient encore plus susceptibles de se heurter à des obstacles que les personnes cisgenres et sans handicap ayant participé à l’étude. « Le stress lié à l’appartenance à une minorité de genre s’intensifie lors de catastrophes climatiques, lorsque la marginalisation préexistante se conjugue aux risques environnementaux », illustre-t-il.
 

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« La communauté trans est plus vulnérable aux catastrophes climatiques car elle se trouve déjà dans une situation plus précaire », indique Mendez, qui a également publié des articles sur le sujet. Le taux d’itinérance est disproportionnellement élevé chez les personnes trans. « Les jeunes, en particulier celleux issu·e·s des minorités ethniques, sont rejeté·e·s par leur famille et se retrouvent à la rue », poursuit le chercheur, « ce qui réduit leur accès aux soins médicaux [ou de santé mentale] et aux autres services sociaux. Cette situation va encore s’aggraver en cas de catastrophe. »
 

Cette précarité est aggravée par des services d’urgence mal préparés, voire ouvertement hostiles envers la communauté trans. Au Canada, une étude de 2023 a révélé que 41 % des personnes trans ou issues de la diversité de genre interrogées avaient subi du jugement ou de la discrimination dans les centres d’accueil pour personnes en situation d’itinérance (aucune donnée n’était disponible sur les centres d’accueil d’urgence spécifiquement). Aux États-Unis, l’enquête nationale sur les personnes trans de 2022 a révélé que 58 % des personnes trans se sont vu refuser l’accès aux centres d’accueil — qu’il s’agisse de centres pour personnes en situation d’itinérance ou de centres d’urgence — en raison de leur genre. Parmi celles qui ont pu y accéder, un peu plus d’un quart sont parties après avoir été maltraitées. Depuis 2022, la situation aux États-Unis n’a fait qu’empirer, le pays étant confronté à une prolifération, sans précédent, de lois anti-trans qui limitent de plus en plus l’accès des personnes trans aux services et aux espaces publics.
 

De plus, l’aide d’urgence est souvent offerte par des organisations religieuses qui tiennent des positions anti-LGBTQ2SIA+. De nombreuses études, comme celle de Mendez, ont fait état de cas où des organisations religieuses d’aide aux sinistré·e·s ont exercé de la discrimination à l’encontre des victimes LGBTQ2SIA+. Une telle discrimination est parfois légalement autorisée aux États-Unis en vertu des lois d’exemption religieuse ou, de plus en plus, en raison des changements apportés au niveau fédéral sous l’administration Trump. Même si une organisation ne prend pas de mesures discriminatoires, les victimes de catastrophes peuvent être confrontées à des discours anti-LGBTQ2SIA+ ou à des bénévoles hostiles lorsqu’elles cherchent à obtenir les services dont elles ont besoin.
 

Par exemple, Samaritan’s Purse, une organisation évangélique d’aide humanitaire qui a récemment porté secours aux victimes des inondations à Ottawa, a publié une « déclaration de foi » affirmant que le mariage est l’union entre un homme et une femme et que les personnes sont « biologiquement » soit de sexe masculin, soit de sexe féminin. Cette organisation exigeait auparavant que ses bénévoles signent cette déclaration. Sean Devine, le conseiller municipal d’Ottawa, a déclaré à CBC qu’on lui avait assuré que Samaritan’s Purse venait en aide à tout le monde. Pourtant, d’autres responsables locaux et membres de la communauté ont critiqué la présence de l’organisation dans la ville.

En l’absence de lieux sûrs ou de services d’urgence adéquats, les personnes se retrouvent contraintes de vivre dans des situations qui mettent activement leur sécurité en danger, en particulier lors d’une catastrophe. « Cela pousse les gens à adopter des comportements à risque », explique McKenzie, comme rester dans des zones inondées ou à l’extérieur pendant un orage.
 

Même les personnes trans qui disposent d’un logement et de revenus stables se heurtent à des obstacles supplémentaires pour accéder à l’aide d’urgence. Des études ont démontré que les quartiers à forte population LGBTQ2SIA+ sont davantage exposés aux risques d’inondations et à d’autres impacts climatiques. Les personnes trans présentent un taux plus élevé de maladies cardiovasculaires, aggravé par l’exposition à la fumée des feux de forêt. De plus, le double impact de la discrimination et du stress lié à une situation d’urgence peut avoir un effet cumulatif. « Pour beaucoup de personnes, une catastrophe majeure comme un ouragan, un tremblement de terre ou un feu de forêt est l’une des pires situations qu’elles puissent vivre », explique Mendez. « Elles subissent un stress énorme. Être victime de discrimination ne fait qu’aggraver leur situation. »

La plupart des personnes trans doivent également tenir compte de la gestion de leur traitement médicamenteux lors d’événements climatiques. « Face à l’une de ces catastrophes ou situations, l’accès aux médicaments — insuline, traitements contre le VIH, traitement hormonal substitutif, médicaments pour la santé mentale — est sans aucun doute fortement perturbé », explique McKenzie.
 

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Il existe déjà des structures mises en place pour aider les personnes à renouveler leurs ordonnances en cas d’urgence, explique Alex Dworak, médecin généraliste à Omaha, dans le Nebraska. Le Dr Dworak suit régulièrement des personnes trans dans ses consultations quotidiennes et a fait partie des médecins qui ont pris en charge les réfugié·e·s de l’ouragan Katrina à Omaha en 2005. « Même si vous êtes transféré·e dans un camp, vous devriez pouvoir vous rendre dans une pharmacie et expliquer ce dont vous avez besoin », ajoute-t-il.
 

Mais les biais des professionnel·le·s de la santé existent bel et bien. « Le nombre idéal de professionnel·le·s de la santé discriminatoires est zéro, mais nous n’en sommes pas encore là », déclare le Dr Dworak. Ces biais sont aggravés par des lois telles que la Medical Ethics and Diversity Act en Caroline du Sud, qui autorise les prestataires, les établissements de santé, les praticien·ne·s et les compagnies d’assurance maladie à refuser des soins non urgents qui vont à l’encontre de leurs convictions religieuses, morales ou éthiques.
 

Pour celleux qui sont dans l’obligation de se passer de traitement hormonal substitutif (THS) pour quelque raison que ce soit, qu’il s’agisse d’une catastrophe climatique ou non, le Dr Dworak affirme que le fait de ne pas suivre ce traitement pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois ne présente aucun risque « d’un point de vue physiologique, que ce soit au niveau des os, des muscles ou de la peau », même en cas d’ablation des testicules ou des ovaires. « D’un point de vue psychologique », souligne-t-il, l’interruption du traitement constitue « une situation urgente, voire une urgence, selon le niveau de dysphorie de la personne ».
 

Le Dr Dworak souligne que certaines catastrophes climatiques nécessitent une attention particulière en matière de gestion des médicaments, notamment en cas de canicule, car de nombreux médicaments peuvent aggraver la déshydratation. En particulier, la spironolactone, un médicament utilisé par de nombreuses personnes transféminines pour réduire leur taux de testostérone, est un diurétique, ce qui signifie que les personnes qui en prennent courent un risque accru de déshydratation. De nombreux autres médicaments, comme les diurétiques prescrits pour traiter des troubles hépatiques ou cardiaques, peuvent également avoir un impact sur l’hydratation.

Les personnes transmasculines sous traitement de testostérone, qui souffrent également d’apnée du sommeil ou fument, présentent un risque accru de polycythémie, c’est-à-dire un nombre trop élevé de globules rouges. La déshydratation pouvant également aggraver la polycythémie, il est donc important de bien s’hydrater dans ce cas. Le Dr Dworak recommande de s’hydrater en buvant de l’eau et des boissons électrolytiques à faible teneur en sucre, tout en évitant l’exposition directe au soleil pendant les heures les plus chaudes de la journée en période de canicule.
 

La conservation des traitements hormonaux substitutifs (THS) nécessite également une planification préalable en cas de chaleur ou de froid extrêmes. Les THS féminisants et masculinisants sont pour la plupart résistants à la chaleur; les médicaments ne risquent donc pas de s’altérer lors de vagues de chaleur. En revanche, le valérate d’estradiol injectable est sensible à la lumière, ce qu’il convient de prendre en compte en cas de déplacement imprévu. Les THS en huiles vectrices peuvent être affectés par le froid; en cas de coupure de courant, il est conseillé de garder le flacon dans votre poche pour le protéger.
 

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McKenzie explique qu’il existe un manque de connaissances en matière de préparation au changement climatique au sein de la communauté trans, en particulier parmi les personnes trans noires. Ainsi, depuis l’ouragan Ian, elle a développé les ressources de son organisation et a lancé le HRT Hub (abréviation de « Hurricane Response Team », soit équipe d’intervention en cas d’ouragan). Ce nom fait référence à la thérapie hormonale substitutive afin d’attirer l’attention, et le programme forme d’autres personnes trans à la justice climatique et à la préparation aux ouragans. « C’est un processus en pleine évolution », explique-t-elle. La première cohorte a démarré ce mois-ci, parallèlement à la mise en place d’un centre de commandement chargé de distribuer l’aide.
 

Le HRT Hub montre que lorsque les systèmes font défaut, c’est la communauté LGBTQ2SIA+ qui prend le relais. C’est ce qu’ont illustré, après l’ouragan Hélène, les drag queens et les DJ de Caroline du Nord qui ont distribué, pour un montant total de 10 000 dollars américains, du matériel à leur communauté avant même l’arrivée de la Garde nationale. Outre ses activités de chercheuse, Rothrock collabore avec l’organisation OUT for Sustainability afin de créer des ressources visant à renforcer la résilience climatique au sein de la communauté queer. « Nous leur fournissons des ressources pour leur permettre de se sentir plus en sécurité lors de ce genre d’événements météorologiques extrêmes », explique Rothrock, citant l’exemple d’un aimant de réfrigérateur sur lequel figure une liste facile à consulter des entreprises et des groupes d’intervention d’urgence, créée pour la communauté LGBTQ2SIA+ de l’Ohio.

Les centres LGBTQ2SIA+, en particulier, prennent le relais, affirme Mendez, qui publiera prochainement des travaux de recherche sur le sujet. « Ils remplissent ce rôle… là où le gouvernement ignore délibérément cette communauté. » 
 

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