Même si son nom peut nous induire en erreur, la chirurgie de féminisation faciale (CFF) n’est pas une seule et même chose.
La CFF englobe toute une gamme d’interventions différentes, visant toutes à rendre plus féminine l’apparence et la structure faciales d’une personne transféminine. Les personnes qui subissent une CFF optent généralement pour plusieurs interventions réalisées simultanément ou en plusieurs étapes successives. Il s’agit notamment de chirurgies telles que le remodelage du front, la rhinoplastie, la chirurgie de la ligne en V — qui affine la mâchoire pour lui donner une forme en « V » — et le rasage trachéal, qui réduit la taille du cartilage thyroïdien, connu sous le nom de pomme d’Adam.
Chez les femmes cisgenres, certaines de ces interventions peuvent être qualifiées de cosmétiques. Pour les personnes trans, des études ont montré que ces interventions peuvent avoir un impact significatif sur leur qualité de vie, leur santé mentale et même sur le sentiment que la vie a un sens.
La rapidité et l’efficacité avec lesquelles le corps d’une personne se remet d’une intervention chirurgicale dépendent toujours de l’individu, et cela est particulièrement vrai pour une intervention comme la CFF. La convalescence après une rhinoplastie sera très différente de celle qui suit un remodelage du front. Le Dr Eric Bensimon, un chirurgien de Montréal qui compte plus de 20 ans d’expérience en chirurgie du visage, explique que le niveau d’inconfort postopératoire peut varier en fonction des interventions choisies par la personne.
« C’est la chirurgie de la mâchoire qui est la plus inconfortable, car elle entraîne des cicatrices à l’intérieur de la bouche qui peuvent rendre difficile la mastication. De plus, l’enflure a tendance à être plus prononcée après une chirurgie de la mâchoire qu’ailleurs. »
Le Dr Bensimon précise que pour toutes les interventions chirurgicales du visage, la douleur est concentrée principalement dans les premiers jours qui suivent l’opération. La plupart des personnes qui subissent l’ensemble des quatre interventions les plus courantes proposées par la clinique du Dr Bensimon — front, mâchoire, nez et cartilage thyroïdien — peuvent s’attendre à être « raisonnablement fonctionnelles et présentables » après 10 jours. Jeanne Roberge, une étudiante au doctorat à Montréal qui a subi une CFF en décembre dernier, abonde dans le même sens.
« La première semaine a été vraiment merdique. Mais après ça, c’est vraiment correct. »
Le déroulement de la convalescence peut varier d’une personne à l’autre, certaines faisant état de périodes de rétablissement plus longues et plus complexes. Sophie Abromowitz, une écrivaine basée à New York, affirme qu’elle a trouvé la convalescence « relativement longue », en particulier pour les interventions au niveau du menton et de la mâchoire. « Le corps de chacun guérit différemment », explique Abromowitz. « Je pense aussi que [les chirurgienᐧneᐧs] ne veulent pas effrayer les gens ou leur présenter un tableau qui fait peur, alors iels ont tendance à présenter le côté plus simple et plus rapide des choses. »
Une fois la période de guérison aiguë terminée, il faut encore plusieurs mois pour que toute l’enflure disparaisse et que les résultats finaux soient visibles.
Comment préparer votre domicile et autres conseils utiles pour la convalescence
Le Dr Bensimon explique que dans les jours qui suivent l’intervention, il est important de dormir la tête surélevée et d’utiliser des poches de glace ou des compresses froides, en particulier au niveau de la mâchoire, afin de réduire l’enflure et l’inconfort. Pour les personnes qui subissent une rhinoplastie, un humidificateur peut s’avérer très utile. « L’humidificateur est important pour compenser l’air sec — surtout en hiver — après une rhinoplastie, en raison de l’enflure… et de la légère obstruction nasale qui survient », dit Dr Bensimon.
Vous devriez préparer votre domicile avant l’intervention, afin qu’à votre retour, vous puissiez vous concentrer sur votre rétablissement sans avoir à vous soucier de préparer le souper ou d’aller à l’épicerie. « Je suis allée chez Costco [avant l’opération] pour acheter de la sauce à spaghetti et des tortellinis », raconte Roberge. « J’en ai donc mangé beaucoup pendant le premier mois. »
Abromowitz a discuté avec des amiᐧeᐧs handicapéᐧeᐧs ou souffrant de douleurs chroniques pour mieux comprendre comment organiser sa vie afin de se remettre de l’opération : « J’ai reçu des conseils d’un point de vue différent, sur le fait d’être, essentiellement, dans un état d’invalidité temporaire. » Grâce à ces conseils, elle a investi dans de petits articles pratiques pour rendre sa vie quotidienne plus confortable : un cuiseur à riz, une table de lit à roulettes, un système d’oreillers modulaires en forme de cale et un petit panier qu’elle utilisait pour transporter facilement des objets d’une pièce à une autre.
Accompagner une personne après une CFF
Le repos et l’alimentation ne suffisent pas à garantir une convalescence sans heurts. Le soutien social peut jouer un rôle crucial au cours des semaines qui suivent l’intervention. Des études ont démontré que, quel que soit le type de chirurgie, un solide réseau de soutien social a des répercussions concrètes sur la rapidité du rétablissement, et même sur des aspects tels que la quantité d’analgésiques prise et la gravité des complications postopératoires.
Il est particulièrement important de bénéficier d’un soutien pendant la phase aiguë de rétablissement qui suit immédiatement l’intervention. « Nous ne voulons pas que les personnes soient seules », affirme le Dr Bensimon. « Elles doivent avoir quelqu’un à leurs côtés, surtout pendant les deux premières nuits. Il est important de ne pas rester seulᐧe à la maison ou à l’hôtel. » S’occuper d’une personne après une chirurgie faciale ne nécessite pas vraiment de compétences d’infirmerie spécifiques ni de connaissances médicales; le plus important est d’offrir « des soins attentionnés et affectueux », ajoute Dr Bensimon — et d’être présentᐧe pour garder un œil sur la personne.
« Ce qui m’a vraiment fait du bien, honnêtement, c’était de voir mes amiᐧeᐧs et de penser à autre chose qu’à l’opération », se souvient Roberge. « J’avais passé tellement de temps à y penser… quand j’étais en convalescence, je leur disais simplement : “Venez passer du temps chez moi, mais je ne veux pas trop en parler.” » Un mois après sa propre chirurgie, Roberge a passé quelques jours à soutenir une amie qui avait également subi une chirurgie de l’avant-bras. « Mon plan, c’était juste d’apporter un peu de légèreté, j’étais là pour cuisiner pour tout le monde et lui montrer des séries », dit-elle. « Elle était très bien entourée par ses amiᐧeᐧs et sa famille. C’était adorable. »
Conséquences émotionnelles de la CFF : la convalescence peut faire surgir toutes sortes d’émotions
La convalescence après une intervention chirurgicale peut s’accompagner de conséquences émotionnelles et psychologiques, en plus des effets physiques. La dépression et l’anxiété postopératoires sont relativement courantes après tout type d’opération : les effets cumulés de l’anesthésie, des médicaments, du stress et de la baisse d’énergie peuvent provoquer des émotions complexes.
Abromowitz estime que la dépression postopératoire pourrait également être influencée par la nécessité de vivre sa vie après l’opération, même dépriméᐧe : « Passer toute la journée entre le lit et le canapé, ne pas vraiment manger ni dormir selon son rythme habituel, porter des vêtements amples tout le temps… puis reprendre le cours de ma vie sans être à pleine capacité, et ressentir de la frustration et de l’impatience. »
Les émotions complexes après une intervention chirurgicale peuvent s’avérer plus difficiles lorsque l’opération est liée à la transition. Les personnes trans peuvent accorder une importance émotionnelle considérable à une chirurgie d’affirmation de genre, qui peut transformer leur rapport à leur corps et changer la façon dont leur entourage perçoit leur genre. Cette importance, combinée à l’attente de découvrir à quoi ressemblera leur visage, peut faire naître toutes sortes de sentiments. Même lorsque la convalescence se passe bien et qu’elles sont satisfaites des résultats, certaines personnes peuvent ressentir de l’impatience, voire de la tristesse et du chagrin, en raison de l’intensité de l’expérience. Roberge précise qu’il est difficile de concevoir que l’on peut voir les résultats seulement plusieurs mois après l’opération : « C’est une période très liminale à ce moment. C’est comme recommencer une transition. Je sais que l’effet est là, mais je suis encore enflée et tout le temps fatiguée. »
Il peut être difficile de trouver des informations fiables sur la CFF — voici où chercher
Trouver des informations sur les chirurgies liées à la transition peut s’avérer difficile. Comme pour tous les soins de santé liés à la transition, les lacunes en matière de recherche sont importantes. Il est courant que les femmes trans tentent de combler ces lacunes institutionnelles en s’appuyant sur des méthodes informelles issues de la communauté, comme les forums en ligne et le bouche-à-oreille. « J’avais peur parce que ça demande beaucoup de recherche, et il n’y a pas beaucoup d’informations disponibles », explique Roberge. « Il faut consulter de nombreux forums Reddit, de temps en temps il y a un balado… ça demande beaucoup de discussions avec d’autres femmes trans. »
Les forums communautaires sont, bien sûr, des moyens imparfaits de recueillir de l’information. « J’ai essayé de trouver un équilibre dans ma fréquentation de Reddit, parce que je pense que c’est un excellent moyen de se faire beaucoup de mal », affirme Abromowitz, soulignant que les opinions intenses et parfois contradictoires des utilisateurᐧiceᐧs en ligne peuvent être accablantes. « Il y a un fort biais, sur ces plateformes, quant à qui s’exprime et sur quoi. En ce qui concerne les chirurgies trans et les soins d’affirmation de genre, les gens peuvent finir par avoir des convictions très fortes quant au fait que la voie qu’iels ont choisie est la bonne, et peuvent revendiquer un niveau d’autorité qui n’est pas justifié. »
Consulter d’autres professionnelᐧleᐧs de la santé ou d’ancienᐧneᐧs patientᐧeᐧs peut aider à se faire une idée plus précise de ce à quoi s’attendre pendant la convalescence. Il est toutefois important de faire preuve d’un scepticisme lucide, surtout face aux informations provenant de personnes qui ne sont pas des professionnelles de la santé. Vous pouvez soumettre vos suggestions et vos idées à votre chirurgienᐧne afin de savoir ce qu’iel recommande et ce qu’iel déconseille. « Il existe une sorte de logique propre aux pratiques professionnelles dans le domaine médical : on ne vous cachera pas l’information si vous la demandez, mais vous devez savoir quoi demander », explique Dr Abromowitz.
Enfin, il est utile de tirer le meilleur parti de vos consultations de suivi. Votre chirurgienᐧne ne cesse pas d’assumer sa responsabilité à votre égard une fois que vous sortez de la salle d’opération : tout au long de votre convalescence, n’hésitez pas à lui poser directement toutes vos questions ou à lui faire part de vos préoccupations concernant votre guérison. « J’ai essayé de ravaler toute gêne ou tout malaise que je ressentais à l’idée de déranger ou d’imposer un fardeau à qui que ce soit, et de me dire simplement : “Mon assurance et moi payons cher pour ce service” », dit Abromowitz. « C’est mon corps, et c’est très important pour moi. »