Lorsqu’en 2016, à 17 ans, Yael Ezerzer a affirmé son identité queer, elle a réalisé qu’elle était entourée de personnes hétéros. La majorité d’entre elles acceptaient qui elle était, mais ne partageaient ni ne comprenaient son expérience. Ayant grandi dans une famille assez conservatrice de Montréal, Yael Ezerzer ressentait un profond désir d’avoir des relations avec des personnes comme elle — des personnes qui ne la faisaient pas sentir différente, même par accident.
« Je pense que c’est l’une des principales raisons de mon coming out », a-t-elle déclaré. « Je sentais que j’avais besoin de trouver des personnes qui me ressemblaient, et à moins d’être visible, c’était vraiment difficile à trouver. »
Ce désir d’amitié est courant chez les personnes LGBTQ+, en particulier après leur coming out. Lorsque j’ai réalisé que j’étais bi, en 2021, j’ai moi aussi ressenti le besoin de nouer des amitiés avec des personnes qui comprenaient ce que je vivais. Près de cinq ans plus tard, mes amitiés queer m’apportent du soutien, de la validation et du réconfort.
Les expert·e·s confirment que c’est commun : des études ont montré que les amitiés entre personnes LGBTQ+ améliorent le bien-être. Mais beaucoup d’entre nous ont du mal à trouver le temps et les moyens nécessaires, en tant qu’adultes, pour entretenir, voire élargir notre cercle social.
Pour vous aider à nouer ces liens significatifs, Script a élaboré ce petit guide queer pour se faire des ami-e-s.
Les bienfaits des amitiés queers pour la santé
Selon Barbara Rowlandson, psychothérapeute agréée basée à Kawartha Lakes et coach en coming out chez Anne-Marie Zanzal Coaching, les amitiés entre personnes LGBTQ+ sont indispensables à la santé et au bien-être.
« Pour les personnes queers, être entouré·e de personnes qui nous ressemblent est extrêmement important pour une bonne santé mentale », explique-t-elle. « Le stress lié à l’appartenance à une minorité sexuelle — c’est-à-dire les effets négatifs liés au fait d’être une personne queer dans un monde hétéronormatif — est cumulatif et épuisant. »
Les facteurs de stress peuvent être externes, comme la discrimination sociale, ou interne, sous la forme d’homophobie intériorisée ou de dissimulation de son orientation sexuelle, explique-t-elle. L’impact du stress lié à l’appartenance à une minorité sexuelle a fait l’objet de nombreuses recherches, et des études suggèrent qu’il est directement lié à un risque accru de dépression, d’anxiété et de consommation de substances psychoactives.
En effet, les données du rapport PTP Pink Paper 2026 récemment publié sur la santé des personnes LGBTQ+ révèlent qu’environ 40 % des personnes LGBTQ+ ont reçu un diagnostic lié à la santé mentale, soit un taux deux fois plus élevé que celui de leurs homologues cisgenres et hétérosexuel·le·s.
« La bonne nouvelle, c’est que les communautés queers constituent un puissant rempart contre les effets du stress lié à l’appartenance à une minorité sexuelle », explique Rowlandson. « Le soutien social joue un rôle protecteur, favorise la résilience psychologique et offre aux personnes queers la possibilité d’évoluer dans un espace où elles peuvent se détendre et être elles-mêmes. »
Au-delà de la réduction du stress lié à l’appartenance à une minorité, des recherches montrent que les amitiés queers peuvent offrir un sentiment d’appartenance, de validation et d’affirmation, ainsi qu’une meilleure compréhension de sa propre identité.
Créer une « famille choisie »
Dans sa quête d’ami·e·s queers, Ezerzer a adopté deux approches différentes : s’immerger dans des espaces créatifs et alternatifs, et faire des dates. « Je ne savais pas exactement où trouver des ami·e·s queers, mais je savais qu’en faisant des dates, je rencontrerais beaucoup de personnes queers », explique-t-elle. « C’est ce qui s’est passé, et certaines d’entre elles sont devenues des ami·e·s. »
Mais c’est en poursuivant ses passions, notamment l’écologie, la musique, la photographie et l’art, qu’elle a rencontré un large éventail de personnes queers avec lesquelles elle partageait des intérêts communs. Ezerzer était à l’école à cette époque, ce qui facilitait les rencontres. Elle s’est fait des ami·e·s grâce au journal de son école, par exemple, ou dans un club environnemental, où elle s’est liée d’amitié avec une personne avec laquelle elle est toujours proche, près de dix ans plus tard.
« Je ne me sentais pas si différente, pas marginalisée », dit-elle. « J’avais vraiment l’impression d’avoir trouvé ma place et d’avoir créé une famille choisie. »
Cela a également été le cas pour Candie Tanaka, artiste et écrivain·e ayant grandi à Tsawwassen, mais qui n’a véritablement commencé à trouver sa communauté queer qu’après avoir intégré l’université Emily Carr, à Vancouver, au début des années 2000. « C’était génial, car tout le monde était authentique », explique-t-iel. « Personne ne se souciait de l’identité sexuelle ou de genre des autres. »
En tant que personne trans, Tanaka estime qu’il est particulièrement important d’avoir des ami·e·s qui comprennent son expérience et se sentent tout à fait à l’aise avec iel. Devoir expliquer son identité encore et encore peut être épuisant, mais le fait de partager une expérience commune crée un sentiment de bien-être. Cependant, en vieillissant, Candie Tanaka a trouvé qu’il était assez difficile de nouer de nouvelles amitiés solides. « On ne peut plus simplement aller vers quelqu’un comme on le faisait quand on était enfant et lui dire : “Salut, devenons ami·e·s”, et ensuite être ami·e·s pendant des années », explique-t-iel.
Comment se faire des ami·e·s queers à l’âge adulte
L’âge adulte est moins propice à la création de nouvelles amitiés, soit parce que les gens sont plus réticents à nouer de nouvelles relations, soit parce qu’iels ne priorisent pas l’amitié, soit simplement parce qu’iels sont trop occupé·e·s, explique Rowlandson.
« Ajoutez à cela la fatigue accumulée après une longue journée de travail, et il devient alors très facile de mettre son pyjama et de s’affaler dans son canapé », dit-elle.
Par conséquent, nouer des liens et trouver une communauté demande de la volonté et des efforts, même si cela peut sembler inconfortable ou fastidieux. Havana Hechavarria, conseillère agréée au sein du Réseau de thérapie de la Fierté de Montréal, affirme que l’un des meilleurs moyens de rencontrer de nouvelles personnes est de se renseigner sur les événements, les groupes et les organisations de son quartier, de sa ville ou de sa région.
Vous pouvez chercher en ligne des événements LGBTQ+ ou rejoindre un groupe en fonction de vos centres d’intérêt, comme l’a fait Ezerzer. Les personnes queers sont partout, et en vous présentant telles que vous êtes, vous attirerez souvent des personnes qui partagent vos idées.
Vous pouvez également faire du bénévolat pour une organisation locale ou une cause qui vous tient à cœur, ajoute-t-elle. Vous pouvez aussi essayer d’utiliser une application pour rencontrer des gens, comme Bumble BFF ou Lex.
Mais vous n’êtes pas obligé·e d’essayer toutes ces choses d’un coup. Il faut éviter de se sentir dépassé·e et de baisser les bras, explique Hechavarria. Elle suggère plutôt de s’engager à essayer une nouvelle chose chaque semaine ou chaque mois. « Il faut un peu de courage et il faut se lancer », dit-elle. « Mais si c’est quelque chose qui est vraiment important pour vous, vous devez y consacrer du temps, être patient·e et déterminé·e. »
Hechavarria souligne également l’importance d’essayer vraiment de connaître quelqu’un en lui posant des questions sur ses goûts et ses centres d’intérêt. Si, après avoir discuté un moment, vous constatez que vous vous entendez bien, vous pouvez clairement exprimer vos intentions et dire que vous cherchez à vous faire plus d’ami·e·s. Si l’intérêt est réciproque, engagez-vous dans des projets concrets.
Les vraies amitiés prennent du temps à se développer, alors ne vous découragez pas si vous ne trouvez pas votre prochain·e meilleur·e ami·e dès le départ.
« On espère rencontrer quelqu’un et s’entendre tout de suite, mais je pense que ce n’est souvent pas le cas », dit-elle. « Il faut être prêt à donner des chances aux gens et à apprendre à les connaître. »
Vous ne trouvez pas l’événement qui vous convient ? Lancez le vôtre !
Si vous êtes extraverti·e, Hechavarria vous conseille d’organiser votre propre événement ou votre propre groupe.
C’est exactement ce qu’a fait Tanaka, qui organise plusieurs fois par an un événement « Pride Speed Friending » à la bibliothèque publique de Vancouver. Cet événement est similaire à un speed dating classique : les participant·e·s s’assoient en face de quelqu’un et ont quelques minutes pour discuter (les organisateur·ice·s fournissent des suggestions au cas où la conversation s’essoufflerait). Lorsque le temps est écoulé, tout le monde change de place et, à la fin, les participant·e·s choisissent avec qui iels souhaitent rester en contact.
La bibliothèque publique de Vancouver a commencé à organiser des événements de speed friending après la COVID, lorsque les gens avaient particulièrement besoin de contacts. La première édition était ouverte à tous·tes, pas seulement à la communauté LGBTQ+, et elle a connu un succès immédiat.
« C’était très animé », raconte Tanaka.
Après le succès de la première édition, iels ont décidé d’organiser une version queer pendant le mois de la fierté. Elle a rencontré un tel succès, avec des participant·e·s âgé·e·s de 25 à 65 ans, qu’iels l’organisent désormais deux fois par an. Iels ont également élargi leur offre en proposant deux autres éditions par an réservées aux personnes trans.
Tanaka explique que les participant·e·s apprécient tellement l’événement qu’iels doivent leur demander de partir lorsque la bibliothèque ferme.
« En tant que personnes queers, nous voulons un espace sécuritaire où nous pouvons simplement nous détendre et discuter entre nous », explique-t-iel. « Je pense que [le succès de l’événement] montre simplement que nous avons besoin et que nous voulons ce lien humain. »