Je déteste les conflits. Je préfèrerais qu’ils n’arrivent jamais — fondamentalement, je cherche à ce que tout le monde s’entende bien. En même temps, j’aime fréquenter des personnes énergiques et extraverties. Et comme personne profondément polyamoureuse, je fréquente généralement plus qu’une personne extravertie à la fois. J’ai appris au fil des années que plus de partenaires (et donc plus de métamours) signifie plus de désirs et de besoins contradictoires — ce qui augmente inévitablement les chances que les choses dérapent.
Donc lors de la co-écriture du livre Nonmonogamy and Group Dynamics avec l’une de mes partenaires, nous avons inclus un chapitre sur la gestion de conflits dans les grands groupes romantiques. Alors que le livre concerne les personnes non-monogames, la plupart des stratégies qui y sont esquissées visent essentiellement la gestion de conflits dans n’importe quel groupe, que ce soit la famille, les ami-es ou une partie particulièrement intense de D&D.
Les différents types de conflits, évidemment, nécessitent différentes solutions. Pour vous aider à y voir plus clair, voici les types de conflits les plus communs dans les relations non-monogames, et comment vous, vos partenaires et métamours pouvez y faire face.
Le problème : les différences irréconciliables
Ce sont les différences inaltérables au sein des relations. Savoir qu’il n’y a ultimement pas de façons de résoudre un problème est chiant, parce qu’il y a une fin du conflit. En même temps, une différence irréconciliable n’est la faute de personne. En tant que personne qui a tendance à se blâmer, savoir cela peut être un gros soulagement. Prenez par exemple ces situations :
Après 14 années heureuses sans enfant, Terri veut un bébé. Je ne veux pas. Je pensais que le polyamour nous donnerait des options que d’autres personnes n’avaient pas, comme plusieurs adultes pour le travail parental ou d’être la tante drôle vivant à côté — mais elle veut une famille nucléaire. Tu ne peux pas faire de compromis là-dessus.
Après 5 ans de polyamour actif, Veronica décide d’être « l’unique » et veut être monogame. Je l’adore, mais je ne veux pas arrêter d’être poly.
Les différences irréconciliables ne peuvent pas être traversées ou faire l’objet d’un heureux compromis. Cela ne nous empêche pas d’essayer — surtout si ce n’est pas si clair au début que cettedite différence est irréconciliable. Ces conflits ne sont pas limités dans le temps : attendre que la tempête passe ne changera pas l’identité fondamentale ou le désir passionné de quelqu’un.
La solution : savoir quand partir. Saisir la puissance des ruptures a été l’un des meilleurs trucs que j’ai appris au fil des ans. Mais j’ai une règle de fer : la première chose à dire quand une relation se termine est « merci ». Remercie ton ou ta partenaire pour le temps passer ensemble et souligne les choses qui ont bien fonctionné, même si elles ne fonctionnent plus. Ce n’est pas seulement une chose gentille à faire — ça a les qualités d’être vrai.
Le problème : comportements contrôlants
Se faire contrôler n’est pas agréable. À moins que ce soit d’une façon kinky, ce qui peut être très amusant ! Mais ces scénarios sont consentis et négociés. Dans les cas moins collaboratifs, une personne essaiera peut-être de dicter qui une personne peut voir, à quelle fréquence iels communiquent avec d’autres partenaires ou quels genres d’activités iels peuvent faire ensemble. Les comportements contrôlants sont souvent causés par l’insécurité d’un·e partenaire. Ce n’est pas agréable d’être de l’autre côté, même si je soulignerais que c’est encore plus honteux d’être la personne contrôlante.
Terri énonce la règle du pas-de-sexe lorsque je fréquente d’autres personnes. On peut utiliser nos mains, mais pas de pénétration ni d’oral. Elle dit que c’est parce qu’elle a peur des ITS, ce qui a du sens, mais je remarque que c’est une règle qu’elle n’applique pas à ses relations.
La solution : il est naturel de vouloir rendre son partenaire heureux·se, et apprendre à faire des compromis peut être positif — mais personne ne devrait s’attendre à dicter unilatéralement les comportements de la personne avec qui elle sort. Aussi tentant que ce soit d’essayer de « régler » les problèmes au sein de la relation, il est essentiel d’avoir des points de vue extérieurs ; ainsi, pour déterminer si les demandes de quelqu’un sont raisonnables, parlez à des personnes extérieures à votre relation. Il est parfois difficile de déterminer si une demande ou une limite fixée par un·e partenaire relève d’une tentative de contrôle ou non. Il est très utile de pouvoir compter sur des ami·es et des thérapeutes pour obtenir un point de vue extérieur.
Si, d’après un point de vue extérieur, le comportement est jugé comme contrôlant, ayez une conversation franche avec votre partenaire. Si, au fil du temps, iel ne parvient pas à vous accorder davantage d’autonomie, il vaut mieux mettre fin à la relation. Si le comportement n’est pas nécessairement contrôlant, mais qu’il vous rend malheureux·se à long terme, vous devrez tout de même vous exprimer. Dans tous les cas : il est temps de communiquer.
Gardez à l’esprit que certaines formes de contrôle — comme isoler un·e partenaire de ses ami·es et de sa famille, la surveillance, le contrôle de ses finances ou les menaces — vont au-delà de la simple insécurité. Ces comportements sont préjudiciables, et une intervention professionnelle pourrait s’avérer nécessaire.
Le problème : bris de confiance
Les bris de confiance impliquent que l’un·e des partenaires franchisse une limite, mente, conserve ou cache une information de façon inappropriée. En ce sens, c’est souvent clair quelle personne est « fautive ». Ces conflits peuvent être les plus difficiles à surmonter.
Les bris de confiance sont souvent unidirectionnels, donc il est tentant de blâmer constamment. Même si cela peut être cathartique pour la personne blessée, ce n’est pas toujours aidant si tu veux rester avec la personne. Chaque côté a besoin d’empathie, même la personne qui a foiré.
J’ai brisé la règle du pas-de-sexe parce que je vivais un moment difficile et que j’avais besoin de sortir de ma tête. J’ai agi impulsivement et de façon un peu autodestructive, et j’ai eu du sexe avec une personne que je voyais occasionnellement alors que j’avais dit que je ne le ferais pas. Ça n’avait rien à voir avec Terri — mais oh boy qu’elle était fâchée.
Au milieu d’une chicane, Veronica a ramené quelque chose que j’avais seulement avoué à une personne — et ce n’était pas à elle. J’ai réalisé qu’elle lisait mes courriels envoyés à d’autres partenaires.
La solution : commencez par rassembler tous les faits, puis faites preuve d’empathie, et enfin cherchez une solution — dans cet ordre. Même s’il peut être tentant de se lancer dans une tirade, il vaut mieux écouter avec ouverture la personne qui a trahi la confiance. La personne en cause doit se montrer franche et honnête. Les deux parties ont ensuite besoin d’empathie ; chacune doit donc prendre le temps de se mettre à la place de l’autre. Ce n’est qu’une fois cette compréhension atteinte que vous devriez commencer à résoudre le problème.
Le problème : des besoins insatisfaits
Nous avons tous-tes des besoins, même si certaines personnes en parlent plus que d’autres. En tant que personne qui évite les conflits, j’ai tendance à mettre de côté mes besoins. Si je n’en ai pas, il y aura moins de conflits, non ? J’ai compris que ce n’était pas une bonne stratégie. Une autre stratégie désastreuse à laquelle j’ai eu recours consistait à refouler tous mes besoins et à n’en parler que lorsque la situation devenait si insupportable que j’étais prête à mettre fin à la relation. À ce moment-là, l’autre personne acceptait généralement de répondre à mon besoin, sans vraiment comprendre pourquoi j’en faisais toute une histoire, puis nous reprenions le cours de nos vies. Sans les tremblements et les frissons de mon côté, bien sûr.
Les besoins insatisfaits sont des problèmes que nous pouvons (éventuellement) résoudre. Si les besoins de quelqu’un ne sont pas comblés, mais qu’une solution de rechange est possible, alors régler le problème ne demandera qu’un peu de travail de la part de chacun. Ce travail peut être facile ou difficile, mais il devrait permettre de progresser.
J’ai un rendez-vous de prévu, mais Red, ma partenaire, enseigne son premier cours et veut que j’y assiste. Je déteste annuler, mais elle est vraiment fâchée que je ne vienne pas à son cours et que je préfère passer du temps avec une personne « random ».
La solution : il existe bel et bien une voie à suivre : vous êtes donc toutes les deux face au problème. Changez de point de vue et travaillez en équipe. Cherchez des compromis où les besoins de l’un·e ne sont pas totalement éclipsés par ceux de l’autre. En unissant vos forces contre le problème, vous avez de grandes chances de trouver une solution qui convienne à tout le monde. Par exemple :
Red et moi avons mis au point le concept d’« importance ». J’annulerai rien à moins que ce soit important. Nous sommes toutes les deux d’accord pour ne pas abuser de cette notion d’importance. Si des choses importantes surviennent une ou deux fois par année, c’est tout à fait acceptable !
Exercice de réflexion : Si deux de vos partenaires (ou ami·es ou membres de votre famille) veulent que vous passiez les Fêtes avec elles ou eux dans des villes différentes, comment allez-vous gérer cette situation ?
Le problème : les insécurités infondées
Celui-ci est complexe, parce que des insécurités infondées se déguisent souvent en besoins insatisfaits. Si quelqu’un dit qu’il ou elle est fâché·e que tu passes autant de temps avec un·e autre partenaire, par exemple, alors offrir plus de temps à cette personne n’aidera pas si le problème n’a jamais été à propos du temps.
Olive veut que je passe autant de temps avec elle qu’avec Véronique, mon autre partenaire. Mais c’est impossible, puisque Véronique et moi vivons ensemble, tandis qu’Olive habite dans une autre ville. J’essaie d’utiliser la logique et la rationalité avant de réaliser que ce n’est pas ce que cela semble être à première vue. Au fil d’une discussion plus longue, nous finissons par comprendre que ce qui se passe réellement, c’est qu’Olive a peur d’être mise de côté lorsque ses émotions deviennent trop fortes.
La solution : sois empathique, ne sois pas dans la résolution de problèmes. Aussi tentante que la résolution puisse l’être, la vérité est que ce qui peut ressembler à un problème concret devant être résolu masque, en fait, des émotions plus profondes. Il est donc mieux de simplement écouter avec une ouverture d’esprit et de comprendre la base du problème. Cela prendra peut-être plusieurs discussions avant que vous trouviez l’enjeu réel, mais ça en vaut la peine à long terme.
En fin de compte, le conflit est un outil qui peut s’avérer utile, même si la partie de moi qui cherche à plaire à tout le monde déteste l’admettre. La clé pour surmonter les obstacles consiste à reconnaître les différents types de conflits et à appliquer la bonne stratégie dans chaque situation. C’est d’autant plus crucial dans le polyamour, où tous·tes les partenaires et métamours n’entretiennent pas forcément des relations étroites les un·es avec les autres — voire ne s’entendent pas très bien. Mais disposer de quelques outils pratiques dans sa trousse à outils relationnelle peut faire toute la différence lorsque vous êtes à mi-chemin dans l’escalade d’un conflit et que vous devez toucher le fil sous tension.