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Politiques et programmes

Nous ne pouvons plus attendre de réparer les soins de santé pour les personnes LGBTQ2S+

Le Rapport Rose 2026 de Pink Triangle Press révèle des disparités importantes en matière de santé et dans l’accès aux soins


Écrit par David Walberg
January 29, 2026 dernière mise à jour January 29, 2026

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L’accès universel aux soins de santé est au cœur de ce qui définit le Canada. La plupart des Canadien·ne·s estiment que tout le monde mérite d’avoir accès à des soins de santé en fonction de ses besoins, peu importe qui nous sommes, où nous vivons ou combien d’argent nous avons.

Notre Rapport Rose sur la santé des personnes LGBTQ2S+ révèle que l’accès universel n’existe pas pour les personnes queers dans ce pays. Les Canadien·ne·s queers et trans sont en moins bonne santé et ont un accès beaucoup plus limité aux soins de santé que leurs homologues cis et hétérosexuel·le·s. Nos recherches révèlent que ces disparités sont profondes et qu’elles s’accentuent encore davantage lorsque l’on examine les différentes données démographiques au sein de nos communautés.
 

Les personnes LGBTQ2S+ souffrent en moyenne de 50 % plus d’anxiété et de dépression que les personnes non queers. Il est préoccupant de constater que plus d’un tiers des personnes queers interrogées ont indiqué qu’au moment de l’enquête, elles avaient pensé qu’elles seraient mieux mortes ou avaient eu des pensées suicidaires au moins plusieurs jours au cours des deux dernières semaines.
 

Lorsque l’on examine nos différentes identités, l’étude révèle que les résultats en matière de santé sont bien pires pour certain·e·s d’entre nous. Les personnes trans, intersexes, asexuelles, en questionnement et pansexuelles s’en sortent particulièrement mal. Ces groupes souffrent davantage d’anxiété et de dépression, jusqu’à deux fois plus que les personnes non queers. Parallèlement, les personnes qui s’identifient comme homosexuelles déclarent les taux les plus bas de problèmes liés à la santé mentale dans nos communautés, parfois comparables à ceux des répondant·e·s non queers.
 

Le rapport révèle d’autres facteurs qui ont une incidence sur notre état de santé. La qualité de vie, par exemple, est moins bonne pour les répondant·e·s ruraux·les, noir·e·s et bispirituel·le·s, et la moins bonne pour les personnes queers à faible revenu et moins scolarisées. Parallèlement, les taux de cancer doublent chez les répondant·e·s homosexuel·le·s et asexuel·le·s (par rapport aux répondant·e·s non LGBTQ2S+).
 

Notre expérience des soins de santé communautaires est tout aussi alarmante. Quarante pourcent d’entre nous déclarent être régulièrement victimes de discrimination de la part des professionnel·le·s de la santé en raison de leur sexualité, soit plus de quatre fois le taux des répondant·e·s non queer. Environ un quart d’entre nous déclarent avoir constaté un changement dans la façon dont les professionnel·le·s de la santé nous traitent après avoir révélé notre identité sexuelle ou de genre ou notre statut de partenaire — ce changement étant très largement négatif. (À titre de comparaison, seuls 8 % des répondant·e·s non queers déclarent avoir constaté un changement, celui-ci étant très largement positif.)
 

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Nous déclarons ressentir un sentiment d’insécurité dans les environnements médicaux, devant parfois cacher ou déformer notre sexualité ou notre identité de genre, ce qui n’est évidemment pas propice ni à la santé ni à des soins compétents. Nous signalons également des refus de soins, souvent dus au fait que les prestataires de soins de santé ne sont pas équipé·e·s ou formé·e·s pour évaluer ou traiter de manière compétente nos problèmes de santé, et sont souvent incapables de nous orienter vers d’autres professionnel·le·s ou de nous proposer des alternatives. Une impasse.

Pour beaucoup d’entre nous, l’expérience des soins de santé est désastreuse.
 

La bonne nouvelle dans ce rapport est que les hommes gais, selon certains critères, mais pas tous, se portent bien. Leur état de santé se rapproche de celui des hétérosexuels dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne les taux d’anxiété et de dépression.
 

De nombreux facteurs entrent en jeu ici, notamment les préjugés sexistes dans les soins de santé, ainsi que l’évolution de la visibilité et de l’acceptation sociale. Mais notre histoire spécifique en matière de soins de santé communautaires est essentielle.

Les organisations de lutte contre le sida ont été parmi les premières institutions créées par nos communautés. Il est important de noter que ces organisations sont devenues — et certaines continuent d’être — fondamentales pour le sentiment d’appartenance à notre communauté.
 

Pour prendre l’exemple de Toronto, les émeutes des bains publics de 1981 sont considérées comme un tournant dans notre histoire, le moment où nous avons riposté et sommes devenu·e·s une force politique. Les premiers cas de sida ont été identifiés dans la ville moins d’un an après les émeutes, et l’AIDS Committee of Toronto (ACT) a été fondé moins d’un an plus tard, en 1983. En 2025, l’ACT a annoncé sa fermeture définitive.
 

Xtra Magazine a publié d’excellents reportages sur la nécessité de créer des « tiers lieux » — des lieux de rassemblement qui ne sont ni la maison ni le travail. Dans les années 1980, les bars, les librairies et les organisations de lutte contre le sida étaient les lieux où nous nous réunissions. Aujourd’hui, tous ces espaces connaissent un déclin.
 

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À l’époque, la crise était aiguë en raison de l’ostracisme et de la peur quasi universels à l’égard de notre communauté. Nous étions vraiment livré·e·s à nous-mêmes. Mais le côté positif a été la naissance d’organisations de santé créées par et pour nous, selon nos propres conditions.
 

Grâce à l’organisation communautaire, les hommes gais et bisexuels continuent d’avoir une compréhension commune de la santé sexuelle, qui va au-delà des individus et vise la santé de la communauté dans son ensemble. Des décennies plus tard, alors même que le VIH est devenu une maladie plus facile à traiter, nous avons constaté les effets durables de cet état d’esprit lorsque le Mpox est apparu, il y a quelques années. Les informations ont été partagées et les risques et les responsabilités ont été compris. Les hommes ont fait la queue pour se faire vacciner. C’est là l’héritage de la réponse communautaire en matière de santé.
 

Aujourd’hui, les personnes trans, non binaires et de genre divers sont confrontées au poids écrasant d’un backlash croissant. En même temps, les soins de santé queers ont dépassé le stade des initiatives locales et sont souvent gérés par des institutions traditionnelles dont les mandats dépassent le cadre de nos communautés. Cela représente un progrès, mais aussi un défi.
 

Alors que nous cherchons des solutions aux problèmes soulevés par le Rapport Rose, l’histoire nous suggère certaines pistes. Les solutions sont mieux déterminées par nos communautés locales, et non imposées de l’extérieur. La réponse collective reste un modèle efficace, et nous avons tout intérêt à créer des lieux et des occasions de nous réunir pour résoudre nos problèmes. Les établissements de santé doivent relever les défis, mais ce sont nos communautés, menées par les personnes les plus à risque, qui doivent orienter ces réponses.
 

Les établissements de santé traditionnels ont peut-être de bonnes intentions en matière de diversité, mais nos conclusions montrent qu’ils ne répondent pas aux besoins des Canadien·ne·s LGBTQ2S+.

Notre population souffre et notre système de santé ne respecte pas l’un de ses principes fondamentaux : « Avant tout, ne pas nuire ». Le Rapport Rose sur la santé est un signal d’alarme.
 

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