Ce mois-ci, le nouveau guide du NHS England a confirmé que les salles d’hospitalisation, les toilettes et les vestiaires dans les hôpitaux anglais devaient maintenant être utilisés selon le « sexe biologique », ce qui signifie que les femmes trans ne pourront pas avoir accès aux installations réservées aux femmes dans les hôpitaux, et que les hommes trans ne pourront pas avoir accès aux installations pour hommes. (Le « sexe biologique », ici, fait référence au sexe attribué à la naissance; la loi britannique ne reconnaît pas que le sexe biologique puisse être modifié.) Cette mesure s’inscrit dans une série de politiques adoptées à la suite de l’arrêt rendu en 2025 par la Cour suprême du Royaume-Uni, qui a statué que les termes « femme » et « homme » figurant dans l’Equality Act de 2010 faisaient référence au sexe attribué à la naissance.
Diverses institutions au Royaume-Uni, de la Police britannique des transports à la tristement célèbre Equality and Human Rights Commission, ont interprété ce jugement comme une confirmation générale selon laquelle les personnes trans devraient légalement être considérées comme appartenant au sexe qui leur a été attribué à la naissance, et ont modifié leurs politiques en conséquence. Le mouvement anti-trans a déclaré qu’il s’agissait là d’un triomphe de la « réalité » sur « l’illusion ». Il s’agit, bien sûr, d’un écran de fumée — les personnes trans sont bien réelles, et tenter de classer les gens selon le sexe qui leur a été attribué à la naissance n’est tout simplement pas possible. Mais ces politiques constituent un moyen très efficace de faire passer les mauvais traitements pour du bon sens.
Je fais partie du petit groupe de journalistes trans en activité au Royaume-Uni. J’ai pu constater à quel point la presse britannique est hostile envers les personnes trans; c’est en partie pour cette raison que j’écris souvent pour des publications nord-américaines. Au fil de ma carrière, j’ai développé une aversion pour la façon dont certaines personnes non britanniques réagissent à la montée du mouvement anti-trans au Royaume-Uni. La situation est grave ici, et elle évolue de façon imprévisible, ce qui peut être déstabilisant en soi. Nous manquons de ressources. Certain·e·s d’entre nous partent, ou prévoient partir. Les États-Unien·ne·s, en particulier, ont tendance à agir comme si nous étions tous·tes déjà mort·e·s ou retourné·e·s dans le placard, d’une manière qui ne tient pas compte du dynamisme de la culture trans au Royaume-Uni ni de l’opposition publique considérable à la transphobie gouvernementale (on dit que la London Trans Pride est le plus grand événement de fierté trans au monde, même si on ne le saurait pas en lisant les journaux d’ici). Mais la montée des politiques anti-trans n’empêche pas la vie trans de se poursuivre; elle ne la rend pas impossible. Ce qu’elle fait, c’est la précariser. La douleur et la déstabilisation touchent de plus en plus d’entre nous, et elles deviennent de plus en plus difficiles à éviter.
En tant qu’adulte trans au Royaume-Uni, je jouis actuellement d’une autonomie assez grande. J’ai réussi à obtenir une couverture de soins de santé assez solide en combinant les soins privés et des délais d’attente inhumains (il m’a fallu cinq ans pour obtenir mon premier rendez-vous) pour les soins du NHS. Mon employeur est activement pro-trans, et je dispose d’un bon réseau de soutien. Il y a beaucoup de personnes trans dans ma ville, et certain·e·s d’entre nous s’épanouissent pleinement. Nous sommes tous·tes conscient·e·s que les tribunaux nous ont privé de diverses formes de légitimité liée au genre, mais la plupart d’entre nous n’ont pas à se confronter trop souvent à la loi. Le problème, c’est que la seule chose qui nous sépare d’un retrait violent de notre dignité, franchement, c’est la chance.
Être trans au Royaume-Uni, c’est devoir constamment garder à l’esprit que des rencontres pourraient, temporairement ou de façon permanente, ruiner votre vie. Évitez d’avoir un accident de la route ou de souffrir d’une maladie nécessitant une hospitalisation. Ne devenez pas financièrement dépendant·e d’un employeur qui vous interdit l’accès aux toilettes. Ne tombez pas sur un·e client·e transphobe au travail qui s’acharnera à vous faire congédier. Assurez-vous de bien choisir vos partenaires, vos ami·e·s et vos colocataires, afin de ne pas vous retrouver dans une spirale de maltraitance, de ne pas acquérir la réputation d’être antipathique ou instable et de ne pas vous retrouver dangereusement isolé·e. Maîtrisez votre colère et votre dépression afin de préserver votre réseau de soutien et votre employabilité. Et surtout, ne vous retrouvez pas entre les murs d’une institution façonnée par une politique gouvernementale anti-trans et exerçant un pouvoir quasi total sur vous, comme une prison, une aile psychiatrique ou une école.