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Affections

Ce qu’il faut savoir sur le sexe anal et les MII

Des expert·e·s répondent aux questions — que vous n’osez probablement pas poser — sur le sexe anal et sur les maladies inflammatoires de l’intestin


Écrit par Mike De Socio
January 9, 2026 dernière mise à jour January 9, 2026

Ce qu’il faut savoir sur le sexe anal et les MII cover image
Getty Images; acepeaque/Script

La première expérience de sexe anal peut être stressante pour n’importe qui. Les questions sont nombreuses et les réponses ne sont pas toujours faciles à trouver.

La stigmatisation entourant le sexe anal peut empêcher certaines personnes de poser des questions — et on ne parle même pas d’y répondre. Mais il est encore plus difficile de trouver des informations fiables lorsqu’on est très sensible dans cette région en raison d’un problème médical. Telle est la réalité de nombreuses personnes atteintes d’une maladie inflammatoire de l’intestin (terme générique désignant la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse), qui touche 6 millions de personnes dans le monde.

En tant que personne atteinte de la maladie de Crohn, je me suis battue avec ça pendant des années. J’ai reçu le diagnostic de cette maladie auto-immune — qui provoque une inflammation des intestins pouvant entraîner des saignements, des diarrhées, une perte de poids et d’autres complications — à l’âge de 16 ans. C’était bien avant que je ne m’identifie comme queer ou que je ne réfléchisse aux effets de la maladie sur ma santé sexuelle.

Mais lorsque j’ai enfin commencé à explorer ma queeritude à l’université, j’ai eu l’impression de n’avoir nulle part où aller pour obtenir des réponses sur ma MII. Google ne donnait pratiquement aucun conseil médical fiable sur le sujet, et chaque fois que j’étais sur le point de demander à mon gastroentérologue (a priori un homme hétéro) quels étaient les risques liés au sexe anal, je me défilais.

Je suis prêt à parier que beaucoup de mes camarades atteint·e·s d’une MII ont vécu la même expérience. C’est pourquoi j’ai (enfin) posé ces questions difficiles à des spécialistes; je suis ici pour partager leurs réponses.

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Peut-on avoir du sexe anal sans risque avec une MII?

Eh bien, ça dépend. La première chose à prendre en compte est le degré d’activité de la maladiet.

« Si les patient·e·s sont très malades, en particulier si iels présentent des symptômes dus à une activité pathologique rectale ou colique, iels devraient peut-être éviter les rapports anaux réceptifs », explique Jordan Axelrad, gastroentérologue et professeur adjoint à la Grossman School of Medicine de l’Université de New York.

En effet, selon Axelrad, l’activité de la maladie — en particulier si vous avez récemment subi une intervention chirurgicale — rend la région plus sensible aux lésions et aux infections (et pas seulement aux infections transmissibles sexuellement et par le sang). Si c’est votre cas, il vous suggère de « ralentir temporairement jusqu’à ce que la maladie se soit un peu calmée ».
 

Mais si vous êtes en rémission? Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. « En règle générale, aucune précaution supplémentaire n’est requise si les patient·e·s se portent bien », explique Axelrad. (Il va sans dire que vous devez toujours adopter des pratiques sexuelles sécuritaires et vous faire régulièrement dépister pour les ITSS).
 

N’oubliez pas, cependant, de surveiller vos symptômes après un rapport sexuel pour vous assurer qu’il ne provoque pas de recrudescence. Autrement, vous ne devriez pas laisser votre maladie vous arrêter.
 

« On pense à tort que [les maladies inflammatoires de l’intestin] doivent empêcher toute relation sexuelle, ce qui n’est pas le cas », précise Axelrad.

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Comment communiquer avec la personne avec qui j’ai des rapports sexuels?

Communiquer avec ses partenaires sexuel·le·s n’est déjà pas facile (avez-vous été sur Grindr récemment?). Mais que devez-vous dire à votre partenaire au sujet des MII?

Selon Axelrad, certain·e·s patient·e·s, en particulier celleux qui ont une stomie ou des cicatrices chirurgicales importantes, doivent avoir cette conversation dès le début. Sa recommandation est la suivante : si le sujet est abordé pendant les rapports sexuels, il faut prendre le temps d’en parler, car cela influence les pratiques sexuelles sûres que vous devez adopter et estessentiel pour que toutes les personnes impliquées puissent avoir une expérience agréable.

Will, 35 ans, est un homme queer qui a lutté contre la colite ulcéreuse et le cancer du côlon, et qui a commencé un blogue en 2014 pour partager ses expériences. Il raconte qu’il n’a pas toujours été prêt à parler de son diagnostic, ce qui a limité sa vie sexuelle pendant des années; son anxiété l’empêchait de chercher des partenaires sexuels ou de faire valoir ses besoins et ses désirs pendant le sexe.

Au fil du temps, Will a appris à communiquer activement pendant les rapports sexuels. Cela signifie qu’il doit, d’emblée, informer ses partenaires de ses limites, et parler de ce qui lui fait du bien et de ce qui lui fait mal. Cela signifie aussi qu’il doit être honnête s’il a une recrudescence et qu’il ne peut pas être bottom. Beaucoup des hommes qu’il a rencontrés ne comprennent pas les MII — ils pensent que cela signifie que Will n’est pas capapable de contrôler ses intestins ou que le sexe aggravera ses symptômes. Mais ces préjugés commencent à s’estomper à mesure que de plus en plus de gens parlent de la maladie, dit-il.

« Je pense que le plus important est d’être honnête, ouvert·e et communicatif·ive à propos de ses besoins et de ses limites, de ne pas se sentir inférieur·e ou brisé·e, et de ne pas se sentir limité·e », dit Will. « C’est suffisant d’explorer en respectant ses limites physiques et d’être créatif·ive. C’est ce que j’ai mis le plus de temps à comprendre. »

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Qu’en est-il des douches anales? Et des jouets sexuels?

D’un point de vue médical, Axelrad estime que les douches anales ne sont pas forcément nécessaires.

« La surutilisation et les méthodes utilisées peuvent être néfastes à certains égards », dit-il. Des douches trop fréquentes ou l’utilisation de produits contenant des additifs sur des zones où l’inflammation est active peuvent entraîner des saignements et augmenter le risque d’infections transmissibles sexuellement et par le sang, selon Axelrad.

Cela vaut pour tout le monde, et pas seulement pour les patient·e·s atteint·e·s de MII.

Toutefois, si vous décidez de vous doucher, vous devrez être plus prudent·e si la maladie est active. Si vous remarquez du sang ou si vous ressentez de la douleur, c’est le signe qu’il faut arrêter et peut-être prendre une pause de bottoming en général.

En ce qui concerne les jouets sexuels, Will recommande d’essayer des plugs anales ou d’autres jouets plus confortables; ils peuvent être un bon moyen de s’entraîner et d’avoir plus de contrôle. « Ils sont moins brutaux que les dildos que l’on peut trouver sur Internet », souligne Will.

Les jouets sexuels peuvent également être une solution si vous n’êtes pas du tout capable d’être bottom. L’utilisation d’une fleshlight avec votre partenaire, par exemple, peut être un moyen d’avoir des rapports sexuels sans pénétration anale. « Il y a différentes façons de maintenir l’intimité, même quand on ne peut pas le faire », dit Will.

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Briser le silence

Selon Axelrad, les fonctions sexuelles sont un sujet très peu étudié en général, en particulier chez les gastroentérologues, et encore plus lorsqu’il s’agit de pratiques sexuelles queeres.

« En tant que clinicien·ne·s, nous devons redoubler d’efforts pour avoir ces conversations avec les gens », déclare-t-il.

En ce qui me concerne, je n’ai toujours pas posé la question à mon propre gastroentérologue. J’imagine qu’il est plus facile de poser ce genre de questions en tant que journaliste qu’en tant que patient. Tant Will qu’Axelrad affirment que le silence commence à se dissiper, et que les médecins ainsi que les patient·e·s sont de plus en plus enclin·e·s à comprendre et à traiter ces problèmes, du moins éventuellement.

« Il faut que les deux parties se sentent à l’aise pour parler ouvertement de ces questions », estime Axelrad. « Pour une raison ou pour une autre, nous sommes à l’aise de parler de diarrhée sanguinolente, mais nous ne sommes pas à l’aise de parler de pratiques sexuelles! »

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