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Affections

Ne vous empêchez pas d’être une gay slut à cause de la maladie chronique

La peur et l'incompréhension ont failli m'empêcher de vivre la vie sexuelle de mes rêves


Écrit par Mike De Socio
8 mai 2026 dernière mise à jour 9 mai 2026

Ne vous empêchez pas d’être une gay slut à cause de la maladie chronique cover image
Credit: Getty Images; Alex Apostolidis/Script

De façon assez claire, je me souviens encore du moment : j’étais assis, il y a quelques années, dans le bureau de mon gastroentérologue, prenant mon courage à deux mains pour demander à mon gentil médecin (probablement hétéro) une question très gay.

« Serais-je un jour capable de prendre la PrEP? », me suis-je aventuré. « Juste en théorie, vous comprenez. »

Il s’arrêta, surpris par ma demande. « Oui, bien sûr. Beaucoup de nos patients la prennent. »
 

C'était une nouvelle qui risquait de changer ma vie. Je souffre de la maladie de Crohn, une affection chronique où l'inflammation attaque mes intestins et perturbe gravement ma digestion. Pour calmer les symptômes, je prends des médicaments qui affaiblissent mon système immunitaire, ce qui, comme effet secondaire, me rend plus vulnérable aux diverses infections.
 

 J'ai donc toujours pensé que la PrEP — ce médicament miracle qui protège contre l'infection par le VIH — serait hors de question pour moi. Le calcul très peu scientifique que je faisais dans ma tête ressemblait à peu près à ça : système immunitaire affaibli = risque d’infection plus élevé = la PrEP ne fonctionne pas pour moi. (Je ne peux pas m’en prendre entièrement à moi-même pour cette ignorance ; même si mon éducation sexuelle au secondaire était probablement meilleure que la moyenne, l’éducation sexuelle reste malheureusement insuffisante, laissant beaucoup d’entre nous dans l’ignorance).

Par extension, je m’étais complètement exclu d’une vie de gay slut. J’étais, à l’époque, dans une relation monogame de longue date, mais je commençais à avoir envie de plus d’aventures sexuelles. Chaque fois que j’envisageais de quitter mon partenaire, l’un des (nombreux) doutes qui me traversaient l’esprit était : « Si je ne peux pas prendre la PrEP, ce serait trop risqué d’être une slut, alors autant rester dans cette bulle sexuelle monogame et sécuritaire. »
 

Comme j’avais tort. L’affirmation banale de mon médecin selon laquelle la PrEP fonctionnerait bel et bien pour moi m’a ouvert tout un monde de possibilités sexuelles ; même si mes fantasmes étaient déjà bien vivants, ils me semblaient soudainement être possibles. Il m’a fallu encore plusieurs mois de lutte émotionnelle intérieure avant d’être prêt à quitter ma relation. Mais lorsque je me suis retrouvé célibataire, j’étais ravi de découvrir que ma maladie chronique n’avait pas à m’empêcher de vivre la vie sexuelle de mes rêves. Avec une ordonnance de PrEP (et de Doxy-PPE) en poche, je me suis lancé tête baissée dans le monde des saunas, des clubs échangistes et des soirées nudistes, et je n’ai jamais regardé en arrière.
 

Peut-être que vous n’avez pas la maladie de Crohn comme moi, mais le handicap, la maladie chronique ou même la douleur chronique touchent plusieurs d’entre nous. Le rapport PTP Pink de 2026, par exemple, a révélé que 28 % des personnes queer déclarent vivre avec une douleur chronique. Script a interrogé des expert.e.s pour savoir comment nous pouvons profiter pleinement de notre vie sexuelle, malgré les limites de notre corps et de notre esprit.
 

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Comprenez votre corps et ses limites

La première étape pour se construire une vie sexuelle épanouie avec une maladie chronique consiste à mieux comprendre son corps et ses limites.

Carol Queen, Ph. D., sexologue, historienne de l’entreprise et conservatrice du musée des vibrateurs anciens chez Good Vibes, suggère d’aborder son corps avec curiosité. Vos mouvements sont-ils limités d’une manière qui affecte votre capacité à adopter certaines positions sexuelles ou à effectuer des va-et-vient confortablement ? Y a-t-il certains types de contact — par exemple, la friction par opposition à la pression — qui vous procurent plus de plaisir que d’autres ? Et comment votre niveau d'énergie affecte-t-il votre capacité ou votre désir d'avoir des relations sexuelles ?
 

La masturbation peut être un excellent outil d'exploration : Queen affirme que l'autostimulation peut vous aider à découvrir ce qui vous procure du plaisir, ce qui ne vous plaît pas et ce que vous pourriez vouloir essayer plus tard avec un.e partenaire.
 

Cette recherche personnelle peut également aller au-delà des questions physiques. La maladie chronique a souvent des répercussions sur l’esprit. La dépression, par exemple, peut s’accompagner d’une incapacité à ressentir du plaisir ou de l’excitation, explique Queen. Les médicaments utilisés pour traiter les troubles de santé mentale peuvent également entraîner une baisse de la libido. Ou bien le simple fait d’avoir contracté une maladie chronique peut entraîner une sorte de traumatisme psychologique.
 

« Notre santé mentale a une incidence sur notre plaisir sexuel », explique Tim Lagman, éducateur sexuel pour la marque de lubrifiants pjur. Pour les personnes séropositives, par exemple, leur statut sérologique peut peser comme « un nuage au-dessus de leur tête », ajoute Lagman, avec la crainte de transmettre l’infection à quelqu’un d’autre.
 

Une fois que vous avez pris conscience de l’impact de votre santé mentale sur votre vie sexuelle, plusieurs options s’offrent à vous. Vous pourriez consulter un thérapeute ou travailler sur le lien entre votre corps et votre esprit en lien avec un éventuel traumatisme, explique Queen. Vous pourriez également discuter avec votre médecin d’un ajustement de votre traitement médicamenteux qui pourrait avoir un impact sur votre libido.

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Trouvez vos propres astuces

Une fois que vous aurez une meilleure idée de la façon dont vos enjeux physiques ou mentaux affectent votre plaisir sexuel, vous pourrez commencer à trouver des moyens de jouer dans ces limites.
 

Lagman aime utiliser le concept de « sexe suffisamment satisfaisant » pour aider ses clients à revoir leurs attentes. « Il est tout à fait irréaliste de vouloir avoir chaque jour des relations sexuelles dignes d’OnlyFans, d’Hollywood ou d’un film porno », dit-il.
 

Au lieu de cela, vous pouvez vous demander : comment puis-je profiter du sexe sans que ce soit aussi calculé ? Le sexe doit-il nécessairement impliquer une pénétration ? Le sexe doit-il nécessairement aboutir à un orgasme ? « Il existe une infinité de façons de profiter du sexe », dit Lagman.
 

Je suis désolé de vous l’annoncer, mais vous devriez peut-être aussi parler de sexe avec votre médecin. Tout comme le fait de parler à mon médecin m’a ouvert un monde de possibilités sexuelles, discuter de votre plaisir sexuel avec un expert médical — aussi gênant que cela puisse paraître — peut, dans certains cas, vous aider à surmonter vos frustrations sexuelles, affirment Queen et Lagman. Peut-être que votre médecin de famille peut vous orienter vers un spécialiste pour traiter votre douleur ou votre enjeu lié au sexe. Ou peut-être avez-vous besoin d’ajuster vos médicaments pour stimuler votre libido.

Finalement, commencez à chercher des « astuces », comme les appelle Queen. Peut-être devrez-vous changer de médicaments. Peut-être existe-t-il des accessoires sexuels adaptés. Peut-être que votre pénis ne fonctionne pas, mais que vous pouvez porter un gode ceinture. « Il existe des astuces pour tant de choses », affirme Queen. Si vous ne savez pas exactement quelles techniques pourraient vous convenir, cherchez en ligne une communauté, une base de connaissances ou un fil de discussion sur Reddit consacré à votre condition, où les gens partagent leurs meilleures pratiques.
 

Tout au long du processus, n’oubliez pas que vous avez le droit de trouver une vie sexuelle qui vous convient. « Le plaisir vous aide à maintenir une bonne qualité de vie ; ce n’est pas un luxe, et ce n’est pas de l’avidité », dit Queen. « Ce n’est jamais trop. Vous ne devriez jamais laisser qui que ce soit vous faire honte pour ça. »
 

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Communiquez avec vos partenaires

Même après avoir fait l’effort de comprendre votre corps et les solutions qui vous sont propres, il reste une dernière chose très importante à faire : communiquer avec votre ou vos partenaires sexuels.
 

Vous n’êtes pas obligé de divulguer l’intégralité de vos antécédents médicaux, mais « vous devez vous défendre. Donc, si cela implique de garder vos maladies secrètes, cela signifie aussi que vous devez exprimer vos besoins au lit », explique Lagman.
 

Ces besoins peuvent varier d’une relation à l’autre, et c’est souvent le cas. « Cela peut dépendre de la situation ; vous pouvez dire oui dans certaines circonstances ou non dans d’autres », explique Queen. Peut-être que votre douleur s’intensifie, ou peut-être que vous ne faites pas suffisamment confiance à ce partenaire pour essayer quelque chose. Vous pouvez lui dire que vous ne vous sentez tout simplement pas d’humeur pour telle ou telle chose à ce moment-là, ou suggérer une alternative comme des baisers, la masturbation ou éviter la pénétration. « N’importe quelle raison que vous donnez est une bonne raison », dit Queen.
 

Il n’y a pas que les personnes atteintes d’une maladie chronique ou d’un handicap qui ont ce genre de limites : nous en avons toustes. Si vous pouvez communiquer avec quelqu’un sur le moment, vous avez plus de chances de vous sentir en sécurité avec cette personne et de ressentir du plaisir, explique Queen. Apprendre à communiquer pendant les rapports sexuels est donc une compétence qui nous sert à toustes.
 

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